Dissertation poésie : Introduction





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date de publication21.04.2017
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DISSERTATION poésie : Introduction

Dans l'Antiquité, une partie de la littérature était consacrée à la poésie lyrique ; on désignait ainsi les chants dans lesquels les écrivains exprimaient, le plus souvent accompagnés d'une lyre, des sentiments élevés.
Aujourd'hui, il semble que beaucoup associent le genre poétique à cette classification originelle. La poésie, exclusivement lyrique, consisterait donc uniquement à exprimer son moi intime, ses sentiments personnels. Peut-on se satisfaire de cette définition qui, sans être complètement erronée, n'en est pas moins réductrice ? Nous verrons ainsi que la poésie est un espace privilégié d'épanchement du moi. Nous montrerons ensuite que le genre poétique peut également être un riche terrain d'exploration du réel. Enfin, nous nous attacherons à étudier la part d'universalité qui émane de l'expression lyrique.

I. La poésie, territoire privilégié de l'expression du moi

1. Le sentiment personnel comme source d'inspiration

La poésie permet, mieux que toute autre forme littéraire ou artistique, d'exprimer la part intime de soi. Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète, donne à l'écrivain en herbe ce conseil : « Entrez en vous-même. Sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. » L'écriture poétique, en effet, « prend sa source » dans les replis de notre être. Aussi de nombreux recueils ou poèmes se rapportent-ils à l'expression des sentiments personnels et font-ils référence à des expériences vécues : dans son recueil des Regrets, Du Bellay rapporte l'expérience décevante de son séjour à Rome. Son célèbre sonnet « Heureux qui comme Ulysse » montre la nostalgie du pays natal : « Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village/ Fumer la cheminée […] ? » De même, dans le recueil des Contemplations, Victor Hugo consacre de nombreux poèmes à la douleur qu'il éprouve à la suite de la mort de sa fille. Le « je », rythmant la plupart de ses poèmes, renvoie bien à l'artiste souffrant et cherchant à communiquer sa souffrance : « je pleurai trois jours amèrement ». Apollinaire, dans la « Chanson du Mal-aimé », s'inspire lui aussi de son expérience personnelle : le poète s'était épris d'une jeune femme mais n'était jamais parvenu à la reconquérir. Dans ce poème, le registre lyrique est explicité dès la première strophe : « Juin ton soleil ardente lyre/ Brûle mes doigts endoloris ». Il faut dire que les ressources du genre poétique favorisent l'expression intense des sentiments.

2. L'écriture poétique, « lyre » accordée à l'expression des sentiments

Dans sa richesse et sa diversité, l'écriture poétique est un champ privilégié pour l'épanchement du moi. Ainsi, les poètes ont souvent trouvé dans les contraintes métriques et formelles un moyen d'exprimer avec intensité des sentiments parfois difficilement exprimables. Dans son recueil des Contemplations, Hugo exploite par exemple le rythme particulier du trimètre romantique pour souligner l'ampleur de sa peine : dans le fameux poème « Demain dès l'aube… », le rythme ternaire du vers « Je m'en irai // les yeux fixés // sur mes pensées », associé aux rimes internes, mime avec force l'accablement de l'homme marchant d'un pas lent et mécanique, au rythme de ses obsessions macabres. De même, les contraintes du sonnet favorisent un développement bref, qui fait jaillir l'intensité du sentiment. C'est ainsi que les héritiers de Pétrarque utilisent presque exclusivement cette forme fixe. Louise Labé se plaît également, dans son célèbre sonnet « Je ris, je meurs… », à exploiter la structure particulière du sonnet pour ménager un effet de chute, qui condense puissamment le motif du désordre amoureux : « Puis quand je crois ma joie être certaine […] Il me remet en mon premier malheur ». Par tradition et pour des raisons formelles, la poésie est donc un espace précieux d'expression du « je ». Ne peut-elle pas cependant permettre d'explorer la réalité du monde ?

II. La poésie, lieu d'exploration du réel

1. La poésie comme miroir du réel

La poésie ne se crée pas forcément à partir d'un matériau lyrique. Certains poètes s'attachent davantage à « réfléchir » le monde, c'est-à-dire à la fois à le refléter et à le penser. Dès lors, le poète cherche à rendre compte de notre univers matériel et sensible, sans grandeur ni pathétique. Dans Le Parti pris des choses, Ponge porte un regard nouveau sur les objets de notre environnement quotidien, tels que « le pain », « le cageot »… Ce faisant, il fait « œuvre de poète », selon une définition qu'en donne Jean Cocteau dans Le Secret professionnel ; pour lui la poésie « dévoile […] les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement ». Claude Roy, dans son recueil La France de profil, cherche aussi à « réfléchir » le réel en tentant de saisir le monde avec des angles nouveaux. Ses textes, accompagnant des photographies, montrent bien à quel point la réalité des choses peut devenir matériau d'inspiration. Il écrit par exemple, dans son poème intitulé « La fenêtre fermée » : « La fenêtre fermée n'en réfléchit pas moins / Le monde qu'elle tient à l'écart d'elle-même ». La voix du poète naît alors non des profondeurs de l'intimité, mais de la richesse d'un monde que le poète explore avec un regard nouveau. Mais quand ce monde transpire l'injustice ou la violence, cette voix peut aussi devenir cri de révolte et parole engagée.

2. La poésie comme arme de combat

Le genre poétique peut être une arme de combat, une écriture de l'engagement. L'écriture poétique est alors au service d'une cause, d'une idée. Le recueil intitulé La Diane française suggère, par son titre même, quel rôle son auteur, Aragon, assigne à la poésie : celui d'une « diane », c'est-à-dire d'une musique militaire destinée à réveiller les soldats, mais aussi référence à la déesse grecque de la chasse : le verbe poétique invite à l'engagement patriotique, au refus de « vivre à genoux », selon l'expression du poète dans sa « Ballade de celui qui chanta dans les supplices ».
Éluard, contemporain d'Aragon, semble aussi donner à l'écriture poétique une fonction d'engagement dans le réel. Dans l'un de ses Sept poèmes d'amour en guerre, il invite les hommes à « drainer la colère/ Et faire se lever le fer ». Conscient de sa responsabilité, le poète peut même s'attribuer un rôle de chantre d'une cause ou d'un peuple, un porte-parole pour ceux qui ne peuvent ou ne savent s'exprimer, à l'image du poète martiniquais Aimé Césaire, qui, dans son Cahier d'un retour au pays natal, écrit : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche… ». Porteuse de la souffrance des autres, parole d'espoir, invitation au réveil et à la révolte, la poésie ne peut-elle pas mêler sensibilité personnelle et ouverture sur l'universel ?

III. La poésie, du sentiment à l'universalité

1. L'expression sublimée de l'expérience personnelle

L'écriture lyrique n'est pas nécessairement liée au repli sur soi. Elle peut au contraire métamorphoser l'expérience personnelle pour l'ouvrir sur le monde. Quand Baudelaire, par exemple, nous décrit son « Spleen », ce n'est pas par narcissisme complaisant, mais plutôt pour communiquer au lecteur une expérience que lui-même a ressentie sans pouvoir la définir. De même, dans l'un de ses Sept poèmes de guerre, Éluard commence par détailler, à la façon des blasons médiévaux, les parties du visage de la femme chérie, mais très vite, ce lyrisme personnel et pour tout dire conventionnel s'ouvre sur une expression beaucoup plus large des sentiments et des émotions − l'amour, les larmes, les plaintes −, pour terminer par les « hommes en prison », les « femmes déportées », et « tous nos camarades déportés / martyrisés et massacrés ». Ainsi, le chant d'amour se transforme en appel au combat, « Au nom » des victimes de la liberté, dans une période marquée par l'occupant nazi. La poésie de René-Guy Cadou, pour lyrique qu'elle soit, n'est pas réductible non plus à de vains épanchements de sentiments. À travers la femme aimée dont le prénom − Hélène − n'est pas sans rappeler une muse de Ronsard, le poète s'adresse à toutes les femmes. De plus, son écriture, en sublimant l'être aimé, semble être une tentative d'habiter le monde : « Ces astres ces millions d'astres qui se levaient ». Toutefois, les poètes modernes ont parfois cherché à inventer une nouvelle forme de lyrisme, comme une nouvelle façon de s'approprier le monde.

2. Le lyrisme réinventé

Au milieu du xixe siècle, la poésie des Parnassiens remet complètement en cause le Moi lyrique, au profit d'une recherche du Beau dans l'impersonnel. La poésie devient une forme pure, un objet sculptural qui n'a d'autre but que lui-même. La modernité poétique a, elle aussi, souvent mis à distance l'emphase lyrique chère à certains poètes romantiques comme Musset ou Victor Hugo. Pour autant, ils ont cherché à renouer avec l'expression des sentiments en la dépouillant de ses excès. Rimbaud, dans ses Illuminations, invente par exemple une nouvelle façon d'explorer ses paysages intérieurs, à partir de la réalité du monde, à l'image du poème intitulé « Ponts ». Le « je » lyrique s'est effacé, mais les « ciels gris de cristal » renvoient immanquablement à l'état d'esprit du poète. De même, quand Maulpoix, dans Une histoire de bleu (recueil publié en 1992), écrit « Le bleu est une couleur propice à la disparition », il nous communique avec subtilité des sentiments tels que la mélancolie, l'angoisse et la mort. Cette angoisse peut également prendre la forme de la fantaisie verbale et de l'exploration du langage : dans un recueil intitulé L'accent grave et l'accent aigu, Jean Tardieu s'amuse à jouer avec les mots et fait ressembler son poème à une plaisanterie autour de la conjugaison et de la forme interrogative. Pourtant, la forme ludique de l'écriture masque mal l'angoisse du poète ; derrière les questions « Est-ce que nous allons partir ?/ Est-ce que nous allons rester ? », répétées deux fois en alternance, se dessine une interrogation sur l'amour et la mort. L'interrogation semble attendre une réponse. Dès lors, le lyrisme, quoique déguisé, devient non plus expression conventionnelle de sentiments, mais véritable dialogue, presque métaphysique, amorcé avec le lecteur.

Conclusion

Il est donc fondé de penser que le lyrisme est un registre majeur, voire fondateur du genre poétique. Il serait cependant erroné de réduire celui-ci à la seule expression d'une sensibilité et d'une subjectivité. Le poète, homme dans le monde, cherche aussi à habiter le monde par l'écriture, tentant parfois, par les mots, d'en alléger les maux. Les poètes, heureusement, ont su dépasser cette stérile dichotomie : beaucoup ont su donner à leur sensibilité une dimension universelle ; beaucoup ont su mêler leur voix intérieure à la réalité du monde. Beaucoup, enfin, ont tenté de masquer la force émotionnelle de leur « je » par le « jeu ». Tant il est vrai que la poésie doit donner à entendre une conscience : conscience d'une âme, ou conscience du monde.

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