«Ce que chuchote la mangrove» illustre bien cette conception : «Moi, tu ne dois pas te fier à mon apparence. Je suis beaucoup plus vieux que je n’en ai l’air. La mangrove et moi sommes de très anciens amis.»





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titre«Ce que chuchote la mangrove» illustre bien cette conception : «Moi, tu ne dois pas te fier à mon apparence. Je suis beaucoup plus vieux que je n’en ai l’air. La mangrove et moi sommes de très anciens amis.»
date de publication10.01.2017
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LUDOVIC EMANE OBIANG

Une nouvelle voix pour de nouvelles histoires


Dans le paysage littéraire africain, plus particulièrement dans celui de la littérature gabonaise, sonne en 1999 une voix singulière, celle de Ludovic Emane Obiang avec son recueil de cinq nouvelles, L’enfant des masques. Au moment où le thème de prédilection des écrivains africains est la satire des illusions des indépendances, où tous peignent la déchéance de ce continent, Ludovic Emane Obiang tourne résolument le dos à ce phénomène de mode et décide de nous entraîner dans le royaume de l’enfance ; pour être plus précis, l’auteur nous fait découvrir les racines de la culture de son peuple à travers le regard de l’enfance. Cette quête initiatique se voit d’emblée par la mise en exergue d’un extrait de L’aventure ambiguë de Cheick Hamidou Kane :

« Dis-moi, Lucienne, ne ris pas de moi aujourd’hui. Même si je te parais saugrenu, ne ris pas. En ce jour, je voudrais plonger, plonger en moi, au plus profond de moi, sans pudeur. Je voudrais tant savoir si j’ai seulement rêvé de tout ce bonheur dont je me souviens, ou s’il a existé.

  • Je ne rirai pas : quel bonheur ? […]

  • Lucienne, ce décor, c’est du faux ! derrière, il y a mille fois plus beau, mille fois plus vrai ! Mais je ne retrouve plus le chemin de ce monde. »

Tout n’est qu’apparence, au-delà du factice se dessinent la fragilité du monde et l’essence de l’être. Telle est la clé de ce recueil qui repose sur deux éléments fondamentaux : une vision dualiste du monde et l’exploitation du souvenir comme une porte sur la connaissance de soi. Les réflexions d’un des personnages de

« Ce que chuchote la mangrove » illustre bien cette conception : « Moi, tu ne dois pas te fier à mon apparence. Je suis beaucoup plus vieux que je n’en ai l’air. La mangrove et moi sommes de très anciens amis. »

Si l’écriture de L’enfant des masques est contemporaine, Ludovic Emane Obiang exploite à merveille le fantastique, voire l’ésotérisme. La nouvelle éponyme, la première, nous plonge dans l’univers des masques, une société mystique, organisée avec ses codes. Le récit est rythmé par la vie, les rituels de ces masques. Le lecteur est autant séduit par la beauté des Ngontang et la laideur des Ekeker que bouleversé par la figure d’Obador. Le narrateur finit par s’identifier à ces êtres dont la structure sociale n’est en définitive que le reflet de celle des hommes. L’enfant des masques est un chant des origines, un voyage entre le rêve et la réalité symbolisé par le tunnel emprunté par l’enfant dans la nouvelle « Comment se quittent les tourterelles ».


Même si l’irréel et le réel, le sacré et le profane se côtoient, s’imbriquent dans une harmonie rendue possible par une écriture alerte et imaginative, les nouvelles de Ludovic Emane OBIANG, quoi qu’on puisse penser, nous ramènent à la réalité. Ainsi, les thèmes abordés sont-ils d’une actualité brûlante : les sacrifices rituels, le grand banditisme, la place de l’enfant dans la société africaine moderne. On y retrouve donc le rapport de l’enfant à la mère mais également la figure emblématique du Senor Francisco Engomo qui offre une dignité à l’enfance abandonnée à travers chaque arbre planté dans son orphelinat. L’évocation de certains espaces nous situe clairement au Gabon et dans les pays voisins.

La notion du double est fortement développée dans L’enfant des masques. L’univers de fiction est certes construit sur la dualité des espaces mais aussi sur la gémellité des personnages. Non seulement l’être et l’âme sont indissociables, mais les héros ont un alter ego, une sorte d’écho à leur propre personnalité. Ils sont l’incarnation ou la réincarnation d’un autre personnage, d’un passé qu’il faut reconstruire. On le voit d’emblée dans la narration et la construction de l’œuvre. Les nouvelles forment un ensemble homogène autour de la lettre d’Eva qui est le prétexte et la clé du recueil. Ainsi, l’introspection du Moi permet-elle de dévoiler les pans douloureux de leur passé et la tache originelle qui a marqué leur naissance et dont ils payent le lourd tribut. Le double d’Eva est Ada, car le séjour du premier personnage chez les masques permet de comprendre dans des scènes oniriques le passé du second. En réalité, Ada jeune fille métisse, devenue Mademoiselle de Mairegnac, Emmanuelle de Mairegnac, est le fruit d’un adultère. Le parcours du héros de « Biang Mekè, les enfants d’Akonamot », la nouvelle la plus aboutie à notre avis, est une quête des origines où se profilent de manière hallucinante et spectrale le visage du géniteur déchu. Ainsi, le fils, pour briser les rênes de cette damnation génétique et déterministe, rejoue-t-il inconsciemment le drame paternel : nommé directeur d’école comme son père, le hasard le ramène sur les traces de ce dernier à Akonamot, théâtre du drame de la mort collective de ses huit frères mais également de sa naissance suite à un viol. Les âmes resurgissent des ombres, hantent l’esprit de celui qui devrait les délivrer de l’errance entre le visible et l’invisible. Le héros pourra être sauvé grâce au Biang Mekè, ces « médicaments de feuilles », une thérapeutique à base de plantes. On pourrait même voir dans cette nouvelle, une forme dégradée du complexe d’Œdipe : l’enfant, pour s’affirmer et réintégrer la société, doit effacer les tares du géniteur.

S’il est vrai que l’enfance est le fil d’Ariane de ces cinq nouvelles, l’eau, métaphore de la vie, semble être le fondement de l’écriture de Ludovic. L’univers aquatique (le titre « Ce que chuchote la mangrove » est bien évocateur), les mythes liés à l’eau occupent une place prépondérante dans ce recueil. Élément purificateur, elle est assimilée à la mère comme l’explique ici l’un des masques à leur hôte :

« C’est ta mère. C’est la rivière, l’eau, elle est la mère de tout homme, la mère qui donne et entretient la vie. Vénère-la toujours. Si tu dois parler de ta mère mortelle, précise toujours son nom premier ».

Ce rapport intimiste à la nature est traduit par le regard naïf, ou voulu comme tel, de l’enfant qui erre au bord de l’eau, fasciné par le pittoresque et l’harmonie du langage des êtres qui la peuplent. Le chant des tourterelles (Comment se quittent les tourterelles) et le surprenant dialogue entre le vieillard à l’éternel visage d’enfant et la mangrove, la mangrove qui « dit des choses intéressantes pour qui a le temps de l’écouter » (Ce que chuchote la mangrove), rappellent à bien des égards la conception animiste de l’existence poétiquement exprimée dans Souffles de Birago Diop. Dans L’enfant des masques, au détour de chaque phrase, on pourrait dire que

« Les morts ne sont pas morts / Ils sont dans l’Arbre qui frémit / Ils sont dans l’eau qui coule / Ils sont dans l’enfant qui vagit / Ecoute plus souvent les choses que les êtres / La voix du feu s’entend / Entends la voix de l’eau / Ecoute dans le vent le buisson en sanglots / C’est le souffle des ancêtres… »

C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il faut percevoir le temps dans l’œuvre. L’introspection des personnages nous plonge dans un temps anhistorique, à la fois illimité et circulaire, rythmé par des apparitions fugitives et surnaturelles de personnages pris dans la spirale de leurs origines.

Véritable hymne à la nature, L’enfant des masques fourmille d’informations enrichissantes sur la culture fang et gabonaise. (Influence de la formation de chercheur sans aucun doute ?) Cependant, on ne tombe pas dans la lassitude que provoquerait un livre de botanique car la poésie affleure à chaque phrase. L’auteur joue sur les silences qui bruissent dans la forêt en réponse aux répercussions du tambour sacré pour créer une certaine harmonie, signe de la symbiose entre l’homme et la nature. A première lecture, l’écriture paraît classique. On regrette par endroits la rigueur trop académique du style qui brise parfois l’élan créatif de l’auteur. En effet, l’écriture de Ludovic Emane OBIANG n’est pas une écriture de subversion de la langue française à l’instar d’un Sony ou d’un Kourouma, mais en même temps, elle respire un air d’originalité.

Du Gabon profond, Ludovic Emane Obiang, cet auteur qui s’est tourné résolument vers la nouvelle et dont on attend toujours un roman, nous fait découvrir dans une langue envoûtante et déroutante où la poésie nous berce à chaque phrase, les richesses du pays fang. Sur un ton de confidences, ce conteur moderne nous conduit à l’essence des choses et des êtres, à la ferveur poétique d’un monde, celui de la forêt nourrie d’histoires séculaires. Cependant, ce voyage fantastique n’occulte pas les dures réalités de l’Afrique, nous rappelant qu’il nous faut puiser dans notre patrimoine culturel pour reconstruire ce continent. La reconquête de notre identité perdue passe par une prise de conscience de nos racines. Comme il l’a dit lors du festival ‘‘Etonnants voyageurs à Bamako’’ « Il y a de nouvelles bouches pour de nouvelles histoires ». Ludovic Emane Obiang, L’enfant des masques, une nouvelle sonorité à découvrir dans le champ littéraire africain.

Ouaga-Ballé DANAÏ



Né le 21 septembre 1965 à Libreville, Ludovic Emane OBIANG est titulaire d’un DEA en ethnomusicologie et d’un Doctorat Nouveau Régime sur la poétique du roman négro-africain. Il est actuellement chargé de recherche à l’Institut de Recherche en Sciences Humaines au CENAREST, coordinateur du Groupe de Recherche sur l’Identité Littéraire Négro-africaine et chargé de cours à l’Université Omar Bongo de Libreville.

Comme écrivain, il a participé à de nombreuses résidences d’écriture (Festival International des Théâtres Francophones de Limoges en 1999, Rives Sonores Kinshasa – Brazzaville en 2003). Invité à plusieurs reprises au Festival ‘‘Étonnants Voyageurs « Afrique » de Bamako’’ et au Fest’Africa de Lille, il a pris part au Nouveau Congrès des écrivains d’Afrique et de ses Diasporas en 2003 à Ndjaména (Fest’Africa sous les étoiles).

Il a publié L’enfant des masques (Nouvelles, coédition Ndzé/L’Harmattan, 1999), Péronnelle (Théâtre, Beaumarchais/Editions Ndzé, 2001), « On a perdu Monsieur Paul » (Nouvelle in Amours de villes – Villes africaines, Fest’Africa/Dapper, 2001), « D’où naît le chant des oiseaux » (Nouvelle in Nouvelles voix d’Afrique, Etonnants Voyageurs/Hoëbeke, 2002)




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