Le texte libre selon Célestin freinet





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Le texte libre selon Célestin FREINET


Perspectives pour une mise en œuvre



I. Emergence d’un processus au service de l’écriture 4

A. Une activité libre quotidienne destinée aux enfants, 4

1. « De 3 à 150 ans ! » 4

2. Quand, où, comment ? 5

B. Une tâche d’écriture appréhendée dans sa complexité 6

1. Une véritable situation d’écriture 6

2. Une représentation juste de ce qu’écrire signifie 7

II. Disparition progressive des opinions préconçues 8

A. Crayon bleu, crayon vert, crayon rouge ? 8

1. Analyse des réticences liées aux problèmes de la correction des textes 8

2. Problème de ceux qui n’ont pas d’idée 9

B. Et avec le texte libre 9

1. A compléter avec le chantier d’écriture 9

2. Les nouvelles technologies et le journal scolaire 10



« Tu vas voir, les enfants écrivent très mal. » m’a-t-on dit avant un remplacement il y a quelques années. « Ils n’ont aucun style. Ils n’ont aucune idée. Il faut leur mâcher le travail. » Après quelques heures passées avec les élèves, je leur ai distribué une feuille vierge et je leur ai dit : « Ecrivez ce que vous voulez. Racontez une histoire, inventez un poème, décrivez votre voisin ou votre poisson rouge…Vous êtes libre décrire un texte. Seule limite : vous lirez ensuite votre texte à vos camarades. »Les élèves ont été surpris. « Ce n’est pas souvent que nous pouvons écrire ce que nous voulons ! » Avait-on jamais donné aux élèves de cette classe de CM1-CM2 les moyens de s’exprimer ? Les a-t-on jamais laissé libre d’écrire ce qu’ils voulaient ? Pourtant, n’est-ce pas en écrivant, en écrivant et en écrivant encore que l’écrivain s’améliore ?

Je me suis donc documenté. Les rédactions « scolastiques » tiennent encore beaucoup de place dans les pratiques de classe. Les élèves écrivent des textes qui la plupart du temps terminent dans un cahier, sur un paquet de colle …

Il existe un procédé, une méthode, les appellations diverges, qui souhaite laisser à l’enfant le temps d’apprendre à écrire. Ses textes ne sont plus seulement des « prétextes » sur feuilles à carreaux, mais deviennent de véritables outils de communication et donc d’apprentissage.

Je me suis alors posé de nombreuses questions : Quel est donc ce texte libre ? Comment peut-on le mettre en place dans sa classe ? Qui va se charger de corriger tous les textes des enfants ? A quoi vont bien pouvoir servir ces textes ?
Célestin Freinet (1896, 1966), bien qu’il ne soit pas l’inventeur du « texte libre », en est le théoricien1. Avec l’imprimerie à l’école, il en fait à la fin des années 20 un outil pour communiquer mais aussi une véritable ressource documentaire2. En effet, Freinet s’oppose avec virulence aux manuels scolaires de l’époque. Il refuse l’apprentissage de la lecture par la méthode syllabique qui selon lui détruit l’unité. C’est là l’une des plus grande critique de sa méthode.

Par définition, le « texte libre », est produit avec le minimum de contraintes institutionnelles. « L’idée de liberté contenue dans l’expression « texte libre » ne s’applique pas au produit texte mais aux conditions matérielles et psychoaffectives proposées aux enfants pour qu’ils écrivent »3. L’enfant n’a pas seulement à être immergé dans un bain culturel. L’écrit doit être une pratique qui se construit au contact des autres, ie dans un milieu socialisant. L’écrit peut donc être qualifié d’ouvrage collectif.

Freinet s’appuyait sur certaines statistiques selon lesquelles dans les classes le temps des activités du français était réparti en grande majorité pour la lecture, pour la grammaire, la conjugaison et l’orthographe, mais assez peu pour l’oral et l’expression écrite.

Les écrits de Pierre Bourdieu ont éclairé les travaux de Freinet. Ils ont montré que la rupture entre l’écrit tel qu’il est rencontré à l’école et tel qu’il est rencontré dans le milieu familial résulte du maintien du déséquilibre entre les classes dominantes et les classes pauvres4. L’inadaptation de beaucoup d’élèves à l’écrit tel qu’il est pratiqué en classe résulte du fait qu’ils sont tenus d’abandonner aux portes de l’école ce qu’ils entendent chez eux ; ce que l’institution considère comme une sous culture5.

Un débat est né dans les années 70, à cause d’une banalisation dans l’utilisation du texte libre, de nombreux articles dans l’éducateur ou le nouvel éducateur, à grand renfort de linguistes comme Benveniste et Charolles, démontrent que sa pratique n’est pas dépassée6.

Le texte libre peut donc retenir toute notre attention. Il permet d’aborder les attitudes de l’écrivain, de développer ses capacités tant en écriture (écriture manuscrite, ponctuation et orthographe), qu’en production de texte. Au fur et à mesure de l’écriture, grâce à une correction méthodique, l’élève et toute la classe s’interrogeront sur des points pratiques de grammaire, de vocabulaire et d’orthographe. Enfin, par les sujets que les enfants abordent, l’écrit n’est plus pour eux une tâche scolaire attachée à la matière « français ». L’écrit devient un outil transversal.
Ainsi, le texte libre de Freinet sert l’apprentissage de l’écrit. Il est une activité universelle qui permet d’aborder la tâche d’écriture dans toute sa complexité. Toutefois des interrogations demeurent : comment peut-on corriger ces textes ? Se suffit-il à lui-même ? Est-il un outil de transversalité ?
Nous verrons que le « texte libre » permet l’émergence d’un processus au service de l’écriture (I). Puis, dès lors que certaines contraintes auront été analysées, les opinions préconçues disparaîtront progressivement (II).

I.Emergence d’un processus au service de l’écriture


La pratique du texte libre se met au service de l’écriture parce qu’elle s’apparente à une activité libre et quotidienne destinée aux enfants (A) et parce qu’elle permet d’appréhender la tâche d’écriture dans sa complexité (B).

A. Une activité libre quotidienne destinée aux enfants,

1.« De 3 à 150 ans ! »


C’est en partie à cause du texte libre que Freinet a connu des journées difficiles7. Les enfants sont libres décrire selon lui. Il n’accorde que peu de limites à cette liberté. Les critiques des années 30 sont nombreuses.

En 2006, un parent d’élève m’a dit son étonnement de voir son enfant libre d’écrire ce qu’il veut. « Mais il ne sait pas écrire. Pourquoi ne pas commencer à écrire des textes d’auteurs et à apprendre par cœur les règles d’orthographe et de grammaire… » Autrement dit, pour écrire, encore faudrait-il apprendre les règles de fonctionnement de l’écrit (grammaire, orthographe, vocabulaire) et bien connaître les « classiques ». Freinet aurait répondu à cette opposition en indiquant que certes les écrits des enfants sont chargés d’erreurs de tous types. Toutefois, il aurait ajouté que pour autoriser un enfant à parler, l’apprentissage rigoureux des règles d’éloquence ne sont semble-t-il pas nécessaire.
Aussi, dès que l’enfant peut parler, le texte libre lui est destiné. ROYCOURT et CROUZET parlent de « Genèse du texte libre à l’école maternelle »8.

Les enfants peuvent entrer dans l’écrit avec leurs propres mots. Ils prennent conscience de l’acte d’écrire, de la joie de pouvoir raconter et de pouvoir fixer une histoire qu’ils ont racontées. De plus, par ce procédé les enfants vont découvrir progressivement les règles du langage écrit. Les enfants vont se représenter chaque fois ce qu’écrire signifie, le lien entre l’oral et l’écrit.

Dès lors que l’enfant peut ensuite écrire quelques mots, l’activité de texte libre à proprement parler peut commencer…et en théorie, elle ne devrait jamais s’achever. Même lorsque ses années d’études sont terminées, la pratique de l’écriture libérée continuera. Les blogs informatiques n’en sont-ils pas la preuve ?

Voyons les modalités de sa mise en œuvre.

2.Quand, où, comment ?



Freinet apportent quelques indications sur sa pratique9. Toutefois, c’est en recoupant les sources précitées qu’il m’a été possible de définir la méthode de travail qui me convient.
En maternelle, les enfants peuvent raconter les histoires qu’ils ont entendues ou encore en inventer. Tous les jours, l’enseignant note sur une grande feuille (type paper board), les idées des enfants. La dictée à l’adulte est ici mise en œuvre. Une correction est appliquée collectivement au fur et à mesure. Un travail sur la cohérence textuelle est possible. Le texte est ensuite recopié soit sur un grande affiche soit dans un cahier. Toute la classe est invitée à imager, à dessiner l’histoire qui a été racontée. L’écrit est enfin librement consultable dans la bibliothèque de la classe. Les grandes affiches sont envoyées à tour de rôle dans les familles.
A partir du primaire, un temps minimum de 20 minutes plusieurs fois par semaine porte ses fruits10. Dans tous les cas, le texte est incorporé au plan de travail. L’élève doit alors organiser son temps pour le reste de la semaine. Les élèves peuvent rester à leur place mais ils peuvent aussi se rendre dans l’espace BCD pour trouver les idées qui leur manquent.

Il est également possible que les élèves écrivent des textes chez eux. Nous pourrons alors lire ces derniers dés le matin à toute la classe lors du « quoi de neuf ?».

La quantité ne fait pas le texte. Un élève de CE2 qui a écrit deux lignes aurait en quelque sorte, rempli son contrat. Je suis certain qu’au fur et à mesure des textes, ce cas de figure ne se présentera plus. Au contraire, après plusieurs textes je devrais certainement fixer une limite maximum. Une page me paraît suffisante.

Dans tous les cas, l’enfant peut une fois par période décider de recopier un texte. Pour cela il doit me le justifier : « Pourquoi as-tu choisi de recopier ce texte ? » J’indique aux enfants qu’un simple « Parce que j’aime bien. » ne me suffira pas.

Peuvent-ils travailler à plusieurs ? Oui, mais pour se faire les élèves doivent venir me l’indiquer. (Deux maximums pour éviter la dispersion.) Ils doivent aussi m’indiquer ce qu’ils souhaitent écrire et la raison de leur regroupement.

Le samedi matin est une bonne occasion pour relire les textes choisis pendant la semaine écoulée.

Nous pourrions entrer dans plus de détails, mais chacun adapte ensuite ces dispositions à la vie de sa classe.


B.Une tâche d’écriture appréhendée dans sa complexité

1.Une véritable situation d’écriture


Le texte libre est une véritable situation d’écriture : il traite d’un sujet qui a de l’intérêt pour l’enfant, ave une véritable intention de communication pour un destinataire réel.


  • sujet avec intérêt

Les élèves ont comme mission d’écrire un texte, en toute liberté, sans que le sujet leur soit imposé. Cependant, je me suis rapidement rendu compte que le texte de l’un ne présentait pas d’intérêt pour les autres. J’ai décidé d’ajouter une petite contrainte dans ma consigne de travail : « Tu dois donner envie d’être lu. Celui qui lit ton texte doit vouloir connaître la suite de ton histoire, doit vouloir te poser des questions, doit vouloir le partager avec un autre de tes camarades. »

La consigne est complexe. En effet, un sujet peut avoir pour moi de l’intérêt et pas pour un autre. Aussi, mon regard sur cet intérêt est tout relatif. Je souhaite seulement que les élèves se mettent dans la peau d’un écrivain qui imagine a priori l’attitude de ses lecteurs.


  • intention de communication véritable

Grâce à cet écrit libéré, l’enfant peut écrire, s’exprimer et communiquer avec sa plume. N’étant pas arraché à ses origines culturelles, à son histoire, le plaisir de communiquer va favoriser le développement de sa personnalité11. Le texte peut alors revêtir un véritable enjeu de communication. Le sujet traité à du sens pour l’enfant et il en connaît le destinataire. De cette manière, l’élève s’engage pleinement dans la tâche d’écriture.

Toute la tâche peut être appréhendée dans sa complexité parce que la situation d’écriture est véritable et de ce fait permet une représentation juste de ce qu’écrire signifie.

Le texte libre permet enfin aux élèves d’aborder des écrits de natures différentes. L’enjeu de communication étant réel, l’enfant va chercher à convaincre ses camarades, à leur expliquer une notion qui l’intéresse particulièrement ou encore à leur raconter une histoire. Il va mieux que quiconque décrire des lieux ou des personnages qu’il a choisis. Il peut enfin inviter ses camarades à cuisiner un plat qu’il affectionne particulièrement.


  • destination réelle

Chaque semaine, le moment est à définir, les enfants viennent lire leur texte devant le groupe classe. Celui-ci va alors sélectionner, avec mon aide, un ou plusieurs textes qui seront inclus dans le cahier de vie et qui seront affichés dans la classe. Si le texte est une lettre, il peut être envoyé…etc. Le texte peut également être corrigé par le groupe classe.

Le texte libre peut ainsi devenir un véritable outil de communication. Sans y attacher une obligation, les élèves savent qu’écrire permet de laisser sur le papier une trace de leur pensée. Ainsi, au pied du texte, un encadré permet à l’enfant de prévoir ce qu’il souhaite faire de son texte. Une réflexion sur la destination de son écrit est nécessaire à l’issu de l’écriture ou avant même d’écrire.
Après la lecture d’un texte, les élèves interviennent pour donner leur avis. Grâce au métalangage, je peux noter la compréhension des élèves sur tel ou tel sujet et ainsi prévoir les séances d’apprentissage et les exercices décrochés.

Le texte peut être utilisé par la suite pour lire, pour diffuser des idées, pour utiliser les outils multimédia, etc. L’idée est de faire de l’enfant un auteur de « texte libre ».

2.Une représentation juste de ce qu’écrire signifie



En respectant sa nature, l’enfant mesure que l’écrit est pour lui un outil formidable de communication. Sa motivation dans l’exercice est alors la clef de son développement.

Il est possible, grâce au texte libre, de montrer à l’enfant que l’écrit représente un besoin de l’humanité de laisser une trace. Alors à quoi ça sert d’écrire ? « à tout, à rien […], écrire, cela peut-être comme rire, peindre, sculpter, vivre.12 » « L’enfant va s’emparer de l’écrit, grâce aux circuits d’échanges et de socialisation institués en classe et entre écoles, poussé par le désir et le plaisir d’être entendu, compris et encouragé par le groupe dont il fait partie. 13»
Aussi, l’enfant va appréhender les processus rédactionnels dans leur complexité : il planifie, il écrit, je le corrige, il révise, il réécrit.
J’ajoute que le texte libre permet de faire le lien naturel entre la lecture et l’écriture. Pour pouvoir écrire, encore faut-il maîtriser des compétences habituellement attachées à la lecture14. Ainsi, la nature langagière de l’écrit est mieux appréhendée, l’écrit perd de son mystère…On évite une application seule des règles de la combinatoire. Enfin, pour pouvoir écrire, l’enfant doit comprendre le sens des mots qu’il utilise. Le lien entre la pratique du « texte libre » et la lecture devient alors fondamental.
Le texte libre tel que le définit Freinet, puis tel qu’il a été rediscuté ensuite, est au service de l’écriture. Les enfants s’inscrivent dans un véritable processus d’écriture. Toutefois, moi le premier, j’avais quelques réticences à pratiquer le texte libre dans ma classe. Comment vais-je pouvoir corriger ces textes ? Que vais-je en faire ? Les enfants peuvent écrire un à deux textes par semaine, mais si ce texte finit au fond du casier, quel est l’intérêt ?

II.Disparition progressive des opinions préconçues


Quelles corrections peut-on apporter aux textes des enfants ? Selon quelles modalités ? Que peut-on faire avec les élèves qui n’ont pas d’idée ? Que faire des textes libres ? La pratique du texte libre est-elle suffisante pour appréhender tout le processus d’écriture ?

A.Crayon bleu, crayon vert, crayon rouge ?

1.Analyse des réticences liées aux problèmes de la correction des textes


Devant la profusion des textes en CM ou le nombre parfois aveuglant des erreurs en CP, on se demande quoi corriger : trop corriger, un peu, pas du tout ?
FREINET expose avec précision les modalités de mise en œuvre de cette correction.15
Tous les élèves écrivent des textes. Ils seront tous corrigés et ensuite incorporés au recueil des textes de la classe. Toutefois, un texte par semaine sera choisi par toute la classe. Il fera l’objet d’une correction collective.

Pour ma part, l’enfant a le droit de refuser qu’un de ses textes soit corrigé. Ce texte peut par exemple être trop personnel pour que l’élève m’autorise à le regarder. Au delà de cette exception, tous les textes sont visés. Je corrige essentiellement la forme du texte, les erreurs de type orthographique (Tableau de Nina CATACH) et syntaxique (tableau EVA); je ne touche pas aux idées.

Je suis le premier correcteur des textes. Ceci dit, dans le cadre d’un travail de tutorat, je pense en particulier à des élèves ayant des soucis en orthographe, peuvent être amenés à corriger les textes avant moi lorsque je suis occupé avec un autre élève. Cette mise en responsabilité s’est avérée constructive. .

L’élève souhaitant que son texte soit corrigé se déplace au bureau de son correcteur. Il a sauté des lignes pour une correction plus éclairée.

Ainsi, dans un premier temps, les enfants qui ont terminé leur texte note leur nom au tableau, les uns en dessous des autres. Je les appelle à mon bureau dans l’ordre. Cet appel peut avoir lieu dans tous les temps dit de « plan de travail ».

Ensuite, l’élève doit taper son texte à l’ordinateur. Nous corrigeons les erreurs (à l’aide du correcteur d’orthographe que les élèves apprennent vite à utiliser) et l’élève imprime son texte.

Il ne s’agit pas de tout corriger du premier coup. L’objectif est de casser la peur d’écrire mal, le scolairement incorrect dans lequel le maître émet un jugement.

Un code de couleur pour la correction des textes est donc mis en place avec les enfants au début de l’année. Ce code est affiché au tableau. Il était par exemple le suivant dans la classe de CE1-CE2 de Fégréac (année 2006-2007) :

  • au crayon feutre orange, les erreurs d’orthographe d’usage.

  • au crayon feutre vert, les erreurs d’orthographe grammaticale. Je renvoie à des règles inscrites dans le cahier de règles et à des exercices décrochés.

  • au crayon jaune, les oublis de mots, la ponctuation défectueuse, les retours à la ligne…

  • au crayon violet, les mots qui font l’objet d’une répétition.

Au moment de rendre le texte avec ma correction, je discute avec chaque enfant.

La manière de corriger peut évoluer en fonction du temps de correction :

  • Les erreurs de types (1 à 8 ) du tableau EVA peuvent être visées grâce à  la dictée à l’adulte ou à la correction avec l’élève.

  • Après une copie du texte en informatique, dès lors que les erreurs (1 à 8) du tableau EVA sont corrigées, je peux faire une nouvelle correction.

La perfectibilité de cette approche m’apparaît dés lors que certaines erreurs n’entrent pas dans le code de couleur prédéfini. En effet, que faire des erreurs récurrentes de contradiction, de progression ou encore de congruence ?

2.Problème de ceux qui n’ont pas d’idée



C’est souvent la question qui m’est posée par les collègues intrigués par tant de liberté.

Par principe, l’enfant n’est pas libre d’écrire ou de ne pas écrire s’il a été conditionné à ne pas être libre de sa parole. Aussi, faut-il commencer par rendre l’enfant libre de parler, d’exprimer au groupe (petit ou grand) ses idées. Libérons donc la parole pour pouvoir libérer l’écrit.

Il est certes possible d’intervenir à côté d’eux et dans un premier temps sous la dictée de noter leurs différentes idées. (Dictée à l’adulte pour les CP et les CE1).

Toutefois à partir du CE2, des déclencheurs me paraissent plus appropriés. Des débuts d’histoire, des images, des revues, deux ou trois mots écrits au tableau ou encore le « quoi de neuf ? » peuvent leur donner des idées. Dans tous les cas, la répétition de l’exercice leur permettra de dépasser cette difficulté.

Il faut plusieurs semaines pour qu’un rythme de travail s’installe. Les élèves traversent alors tous, un moment ou un autre, une phase de vide : « je ne sais pas quoi écrire ! ». Mes conseils doivent leur permettre de dépasser cet écueil.

B.Et avec le texte libre

1.A compléter avec le chantier d’écriture



Le chantier d’écriture est un dispositif, à l’image de la démarche de projet, qui, dans la durée et pour des enjeux explicites, rend l’élève acteur de ses apprentissages. Il a ceci en plus du texte libre qu’il permet des allers retours explicites entre les différents processus rédactionnels (planification, écriture, révision, réécriture) et une articulation entre des activités de lecture (littérature de jeunesse notamment) et d’écriture16.

L’objet du texte libre n’est pas la découverte d’œuvres de littérature de jeunesse. Freinet se refusait à l’étude d’œuvres qu’il disait trop attachées à la scolastique ou trop éloignées des préoccupations des enfants. La littérature de jeunesse a beaucoup changé semble-t-il.

C’est pourquoi, il me parait judicieux, en plus des activités quasi quotidiennes de texte libre, d’engager la classe dans un chantier d’écriture qui permettra la découverte d’œuvre littéraires et leur articulation explicite avec les processus rédactionnels.

2.Les nouvelles technologies et le journal scolaire



En 1924, Freinet introduit l’imprimerie dans sa classe de Bar-sur-Loup. Dés lors, les enfants ont pu imprimer leurs textes. Pour nombre de ses confrères, l’imprimerie n’avait pas grand-chose à faire dans une école : un amusement pour les élèves et pour leur instituteur, rien de plus. Pourtant, l’imprimerie va permettre aux enfants de diffuser assez largement leurs textes. Ainsi, la socialisation qui en découle crée en renforce la dynamique d’écriture.
Aujourd’hui, l’informatique permet aux enfants de recopier leurs textes. Certains les tapent directement sans passer par la phase papier. L’impression en plusieurs exemplaires permet ensuite une large diffusion. Ajoutons que les courriers électroniques permettent aux enfants la transmission des textes à leurs camarades mais aussi et surtout à d’autres classes. Le partage qui en résulte enrichit la culture des élèves. Les enfants participent à la rédaction du journal de l’école. Leurs textes viennent l’enrichir.

Le texte libre de Célestin Freinet est au service des enfants. Il leur permet d’appréhender ce que qu’écrire signifie dans toute sa complexité. Il ne s’agit plus seulement d’écrire des textes qui finissent encollés, mais des textes que les enfants auront plaisir à transmettre. Certes la correction de ces textes demande un temps d’adaptation pour les élèves et l’enseignant. Certes, il arrive que certains enfants ne sachent quoi écrire. Mais passé ces quelques soucis, liant le texte libre à plusieurs projets d’écriture pour une même année, les élèves arriveront à l’école le sourire aux lèvres, certain que ce qu’ils ont à dire pourra être entendu, certain que ce qu’ils ont à dire à de l’importance.

Freinet se plaisait à dire que pour apprendre à faire du vélo, on ne demande pas à l’enfant de parfaitement connaître sa mécanique avant de monter sur l’engin. Pour écrire un texte, on ne demande pas à l’enfant de parfaitement connaître la grammaire et l’orthographe mais seulement de trouver son équilibre.

Annexe 1 : Exemple de textes libres en MS (textes recueillis pendant l’année scolaire 2007-2008 dans la classe de Yolande Hercelin.) Textes classés dans l’ordre chronologique.
Lundi 22 octobre 2007 :
L’anniversaire de petit Poney : (Baptiste, Lucas, Paul, William).

C’est l’anniversaire de petit poney. Il mange son gâteau. Il ouvre ses cadeaux :

  • un avion,

  • une barbie,

  • un hélicoptère,

  • une robe de princesse.

Le loup, quelqu’un qu’il connaît très bien, est là.
Le petit bonhomme : (Baptiste Pe, Lucas, Paul, William)

Il se promène. Il marche. Il donne la main à une copine. Il va chercher des pommes pour les manger. Après, il va faire du vélo et il va au bois.
Lundi 12 novembre 2007 :
Le petit chat qui a du nougat : (William, Adrien, Aimée, Baptiste Pa).

Il est gris. Il rencontre un chien qui se promène. Le chien fait wouaf wouaf wouaf et le chat fait miaou miaou miaou.
Lundi 19 novembre 2007 :
La pomme de terre : (Aimée, Baptiste Pa, Baptiste Pe, Lucas, Paul)

Il était une fois un cochon. Il grattait la terre. Tout à coup, il trouva une pomme de terre. Il la mit dans son panier sur son vélo. Il rentra dans sa maison faire de la purée avec des saucisses.
Lundi 26 novembre 2007 :
Le tracteur Tom : (Simon, Ambre, Maël, Loé, William, Cécile).

C’est l’histoire d’un tracteur qui rencontre un Quad qui s’appelle Max.

« -Bonjour Max.

- Bonjour Tom. Tata Julie est arrivée et mon moteur bouge. »

C’est l’heure des mamans et des papas.
Lundi 3 décembre 2007 :
Ce que nous avons fait hier : (Adrien, Lucas, Paul, Baptiste Pe et Pa, Aimée)

Paul : « J’ai fait du vélo ».

Lucas : « J’ai joué au tracteur ».

Adrien : « J’ai été chez mes deux grand-mères ».

Baptiste (Pa) : « J’ai fait le sapin. Maman a préparé les chaussettes ».

Baptiste (Pe) : « Mamie a chassé une taupe ».

Aimée : « J’ai fait de la trottinette ».
Lundi 10 décembre 2007 :
Un chat : (Loé, William, Cassiopée, Simon, Maël)

C’est l’histoire d’un chat qui s’appelle Ca. Il grimpe aux arbres parce que dans les arbres il n’y a pas de chien. Il saute et il retombe sur ses pattes. Il sort ses griffes.
Annexe 2 : Exemple de textes libres en PS-MS (textes recueillis en janvier 2008 dans la classe de Nancy David.) Textes classés dans l’ordre chronologique.
Lundi 7 janvier 2008 :
Noël : (Gweltaz, Maxence, Mathéo, Nolan, Charlyne).

Maman m’a préparé des bonbons pour l’école. J’ai eu des puzzles.

Le père noël m’a rapporté un grand lit.

J’ai préparé des chocolats.

Le père Noël m’a rapporté un tracteur manuscopique.

Mon bébé s’appelle Julien et c’est une fille.
Lundi 14 janvier 2008 :
Hier : (Sabrina, Mathéo, Thomas, Clémence, Lou Anne).

J’ai joué à la corde. Je suis allé chez ma mamie. Mes cousins sont venus. J’ai joué avec eux. J’ai aussi joué avec ma sœur. C’était bien.
Jeudi 17 janvier 2008 :
Lapin : (Julie, Clémence).

C’est l’histoire d’un lapin qui s’appelle Lapin. Il mange la grand-mère et le Chaperon rouge. Il ne mange pas les petits lutins. Il mange aussi les chaussures de Lou Anne.
Annexe 3 : Exemple de textes libres de CP (textes recueillis en janvier 2008 dans la classe de Nancy David.) Textes classés dans l’ordre chronologique.
Léa D 7 janvier 2008
J’ai eu « croque carottes », trois DVD (DORA), des chocolats et un parfum à la vanille.
Audrey 8 janvier 2008
Mon chien mange des os et il est un boxer. Il s’appelle Snoppy et il est noir avec du orange. On a plein d’animaux : un cochon d’Inde, une poule et un coq, un lapin (il est parti au ciel), un canard…
Donovan 10 janvier 2008
Mon chien blanc est parti sur la route. Il est revenu.
Aimy 11 janvier 2008
Couic ! Couic ! Couic ! Mon pelage est doux.

Mes oreilles sont roses. Je suis Mandarine, la petite souris grise. Toi aussi, tu es une souris ?
Léa T 15 janvier 2008
Ma maman est malade et elle va chez le docteur tout à l’heure. Papa lui a donné ses microbes.
Léa D 21 janvier 2008
J’aime ma famille.

J’aime mon chien.

J’ai un nouvel ordinateur.
Aimy 22 janvier 2008
Papa et maman sont déjà mariés. Moi j’étais dans le ventre de maman et après c’est Julie et après c’est Olivier.
Audrey 24 janvier 2008
Je suis allé chez mamie. J’ai vu mes cousines. On a fait la vaisselle. Après chez mon papi, j’ai fait mes devoirs. Après j’ai fait la sieste dans la voiture.
Donovan, le 25 janvier 2008
J’ai vu un renard en plein milieu de la route dans la voiture.

1 L. BRULIART et G. SCHLEMMINGER, « Le mouvement FREINET des origines aux années quatre-vingt », L’Harmattan, 1996, p. 115. : Selon ces deux auteurs, un collègue de FREINET utilisait déjà le « texte libre » en 1921.

2 L’éducateur n°20 de juillet 1973, p.18.

3 Denis ROYCOURT et Roger CROUET (ICEM –pédagogie Freinet), « Le texte libre », supplément au NOUVEL EDUCATEUR N°2 d’octobre 1988, sur le site : http://www.freinet.org/icem/archives/pc/pc-tl/index.htm.

4 Pierre BOUDIEU et Jean-Claude PASSERON « La reproduction » Edition de minuit, 1970.

5 William LABOV « Le parler ordinaire », édition de minuit, 1978.

6 VERGNIOUX Alain, « Cinq étude sur Célestin Freinet », Presse universitaire de Caen, 2005, 133p, p106.

7 Un jeune élève avait décrit dans un de ses textes un de ses rêves dans lequel Freinet assassinait le maire de la commune. Freinet et le maire n’était pas ami et ce texte a mis le feu aux poudres.

8 Précité.

9 Célestin FREINET « Le texte libre », brochure de l’éducation nouvelle populaire n°25, janvier 1947. (http://freinet.org/icem/archives/benp/benp-25/benp-25.htm)

10 J’ai commencé avec 20 minutes une fois par semaine, puis j’ai augmenté la fréquence.

11 Conf. note 1.

12 L’éducateur, n°3, octobre 1973, p.12.

13 Denis ROYCOURT et Roger CROUET (ICEM –pédagogie Freinet), « Le texte libre », supplément au NOUVEL EDUCATEUR N°2 d’octobre 1988, sur le site : http://www.freinet.org/icem/archives/pc/pc-tl/index.htm.

14 Jacques FIJALKOW « Pourquoi faire plus de place à l’écriture ? »

15 Célestin FREINET « Le texte libre », brochure de l’éducation nouvelle populaire n°25, janvier 1947. (http://freinet.org/icem/archives/benp/benp-25/benp-25.htm)

16 « Définition du chantier d’écriture », cours CFP Ozanam 2006 de Catherine CHARLOT.



David CHARPENTIER, année 2010-2011

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«l’école nouvelle» et de «l’école moderne» dont le représentant français le plus emblématique reste, pour les enseignants français,...

Le texte libre selon Célestin freinet iconSelon vous la beauté du texte poétique est-elle liée au sujet qu’il évoque ?
«la sorcellerie évocatoire» du texte poétique se joue peut-être ailleurs que dans le rapport du texte à son sujet

Le texte libre selon Célestin freinet iconUn article de Wikipédia, l'encyclopédie libre
«science de l'inconscient», selon Paul-Laurent Assoun et savoir sur les processus psychiques et thérapeutiques

Le texte libre selon Célestin freinet iconRéunion des Musées Nationaux, Coll. Enfance de l'Art «libre et pas libre»
«cirque, les arts de la rue, la fete», projet départemental de l’Action Culturelle

Le texte libre selon Célestin freinet icon1. Comment est l’image de la mère selon le texte? Êtes-vous d’accord avec cette image?

Le texte libre selon Célestin freinet iconL. A. 1 : «J’ai tant rêvé de toi», Robert Desnos
«A la mystérieuse», adressé à Yvonne George qui toujours se refusa à l'amour de Desnos. Versification «libre» : associe le vers libre...

Le texte libre selon Célestin freinet iconComment étudier un texte dans le détail
«je» dans un texte argumentatif montre l’implication personnelle de celui qui parle, dans un texte poétique, elle peut indiquer le...

Le texte libre selon Célestin freinet iconUne liste de site proposée par le crdp d’Amiens où on peut télécharger...
«auteur contemporain», le texte n'est pas libre de droit et son utilisation, autre que privée, est soumise à une demande d'autorisation...

Le texte libre selon Célestin freinet iconDurée : 2 h 30 texte 1 : Les Saisons de passage, Andrée chedid, 1996....





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