André Gouzes. L'hymne à la beauté





télécharger 12.91 Kb.
titreAndré Gouzes. L'hymne à la beauté
date de publication12.07.2019
taille12.91 Kb.
typeDocumentos
l.20-bal.com > histoire > Documentos
André Gouzes. L'hymne à la beauté

Connu pour avoir créé un immense répertoire de musique liturgique, ce prêtre dominicain a fait renaître l’abbaye de Sylvanès qu’il a restaurée de ses mains. Poète enraciné et humaniste bohème, le père Gouzes prêche l’ouverture de l’Eglise. A sa manière…
A l’observer, on aurait juré qu’il n’était pas prêtre… «  je n’aime pas le faux sublime, l’abstraction oiseuse, la mystique sentimentale ! J'aime prier les yeux ouverts, sur le monde, sur les êtres », prêche André Gouzes. Voilà qui pose l'homme : ses paroles disent vrai et ses yeux sont ouverts. Tout à coup, nous voilà pris : il y a quelque chose de lumineux dans cette rencontre.
Le jour de la Toussaint, il célébrait dans son abbaye cistercienne de Sylvanès : « Nous sommes tous saints. Oui, tous saints, car chacun de nous peut aller jusqu'au bout de la part la plus sacrée de son humanité et actualiser le message du Christ. » Et d'inviter les fidèles de cette immense nef à « s'offrir à la paix » au nom du Christ, à la partager dans un geste sincère ou un baiser. L’assemblée toute entière s'était levée, captivée, presque sonnée, bouleversée par ce drôle de bonhomme, une sorte de derviche tourneur chrétien, livré à Dieu dans la force vibrante de la parole et l'énergie du chant. Jusqu'à se faire « peur » tout seul : « Dans ces moments, je sens le ravissement d’une étreinte totale où l’on se sent habité, une sorte de transe, où la parole qui parle en nous est plus forte que nous et ne se contrôle plus…Jusqu’où aller trop loin ? »
Trop loin, il l'a sans doute été toute sa vie. Il le sait, et c'est bien ce qui émeut dans son histoire. Pour mieux comprendre quel est ce prêtre dominicain, commencez par imaginer les forêts perdues des versants aveyronnais du parc des Grands Causses et un homme allègre, connu pour avoir créé un immense répertoire de musique liturgique, et retapé de ses mains, avec quelques amis, une abbaye cistercienne du XIIème siècle. Imaginez cette même abbaye alors en ruine et lui, tout juste la trentaine, vivant dans ces gravats avec la compagnie des rats, des chouettes, sans eau ni électricité, se nourrissant de « victuailles » offertes par quelques fidèles, le tout dans un dénuement total. C’était en 1975. L'Église n'était plus paroissiale et Gouzes n'avait reçu aucune mission du diocèse.  « Ils ont simplement toléré », dit celui qui avait compris que pour rejoindre ses profondeurs, il lui fallait se libérer de tout ce qui conditionnait son être de l’extérieur. Parce qu'il voulait aussi rester fidèle à la mémoire inspiratrice de ses origines, continuer à se raconter les histoires de ces lieux, au milieu des forêts de son « pays », les terres de Sylvanès, où déjà, au XVème siècle, ses ancêtres servaient les moines.
Une église orthodoxe sur la colline
Lui qui aurait pu rester le petit maître de chapelle de sa communauté, pouvait aussi s'arrêter à Sylvanès.  « Seul connaît Dieu celui qui s’y risque », dit-il. Alors il se risque à nouveau dans un projet fou : ériger une église orthodoxe sur une colline voisine, « symbole de l’ouverture à tous dans l’attente de l’unité ». Une arche de Noé dans un monde violent. « L’interreligieux ne doit pas être que des mots, il faut en assumer la rencontre », explique-t-il. Restait à trouver les fonds et à faire acheminer le bois de Russie. Chose faite en 1990. C'est là, dans les combles de l'église, que le prêtre bohème et capricieux a emménagé depuis avec son chien.
Un vagabond ? Un hippie ? Un poète ? Un musicien ? Tout ça à la fois. C'est la complexité du personnage : il n'est jamais là où on l'attend. Il est même à n'y rien comprendre pour quiconque chercherait à le faire rentrer dans tout ce qui ressemble à un cadre. Dans le pays, les gens ont fini par s'y faire. L'Eglise, elle, laisse faire. Il envisage aujourd'hui d'aider son ami rabbin à trouver un local pour y établir sa synagogue. Et pourquoi pas un jour une mosquée ? Et si l'on craignait que cela fit désordre, il répond : « Le sacré peut aussi s’annoncer dans les désordres de l’aventure humaine et de ses rencontres, la grâce dans l’inattendu, comprenez-vous ? Le dieu vivant est dans la surprise et l’éclair. L’Eglise se renouvellera aussi dans des démarches atypiques ».
Entendez comme la sienne, lui qui n'a jamais hésité non plus à mordre sa chère et tendre Eglise dans ses zones les plus sensibles : « J'aime Dieu, comme tous les mystiques, dans la puissance de 1’éros : érotiquement. Il n’y a pas de christianisme sans cela. Rien ne vient à I’esprit qui ne passe par les sens… jusqu’à célébrer "l'heureuse faute de la chair", qui nous a valu un tel "rédempteur". Tout l’Evangile est dans ce paradoxe et toute faute - même charnelle – peut devenir "un lieu de source", comme dit l’Ecriture. A la sécheresse stérile des pharisiens, Jésus préfère l’encharnellement du cœur de la Madeleine ! » N'y voyez pas de provocation sotte, seulement une manière de dire que lui s’en est sorti des mots «culpabilité», «honte», «faute», dans lesquels se sont perdus et se perdent encore trop d'hommes d’Eglise. À son goût, « rien n'est si spirituel qui ne soit charnel ».
« Le chant, un chemin vers Dieu »
Alors charnel, il l’est. Sans refouler le sensible qui est déjà sexuel, mais en cherchant à l’élever vers sa dimension spirituelle. Évoquant les moments « transcendantaux, fous de bonheur » partagés avec un vieil ami dominicain, les larmes lui montent aux paupières. De la même manière lorsqu’il met en musique les versets bibliques… Des milliers de versets bibliques dont il se plaît à casser la routine, cet odieux compagnon de l'ennui, pour leur redonner vie, les laisser pétrir par la lumière. « La voix, le chant, sont un chemin vers Dieu. C’est l'envol dans la force du souffle : tu deviens comme l’oiseau ! C’est une grande expérience de la liberté intérieure, une délivrance de toute pesanteur. »
Charnel, oui, à la manière d'un enfant joyeux, jouisseur, radical. Sa poésie est là. Il en est persuadé : la mort n'aura pas le dernier mot et nous ne serons jamais assez nombreux à l’enseigner. Il ne s'élèvera donc jamais assez contre la confiscation ou la falsification du mystère, son appauvrissement dans la fermeture de certains ministères aux femmes ou le cléricalisme des structures de gouvernement dans l’Eglise : « Le bonheur éternel n’est pas dans la récompense mécanique de nos seules confessions dogmatiques, mais dans la grâce de la révélation d’un amour fou de Dieu, que Lui seul accorde à ceux que l’Evangile appelle "les hommes de bonne volonté". »

Source : Schwarz (Jennifer), « André Gouzes. L’hymne à la beauté », pp. 62-63 dans Le Monde des Religions, n° 33, janvier-février 2009.




similaire:

André Gouzes. L\La session de chant liturgique animée par André Gouzes
«gouzantin» (une appellation pas forcément très bien vue, mais si bien trouvée qu’on ne va pas s’en passer) se source dans les deux...

André Gouzes. L\Hymne à la joie (Hymne Européen)

André Gouzes. L\On pourra partir du célèbre tableau de Delacroix : «la Liberté guidant le peuple»
«Imagine» de John Lennon, véritable hymne à la paix, les élèves découvrent ce qu’est un hymne et en écoutent de différents pays

André Gouzes. L\Sur des textes de Léo Gantelet : Hymne au Lac
«Hymne au Lac», quelque peu insolite et imprégnée d'humour créa une atmosphère joyeuse, et volontiers rieuse

André Gouzes. L\Bienvenue à notre cérémonie du jour du souvenir 2015
...

André Gouzes. L\Après l’étude en classe d’une poésie de Claude Roy intitulée «Hymne...
«Hymne des objets ménagers», nous avons essayé de définir, d’après ce que nous avons lu, ce que nous connaissons (la Marseillaise),...

André Gouzes. L\Présentation de l’esthétique générale
«La beauté est convulsive» = antipode de la beauté classique = tout peut être beau, elle se répand partout et devient un critère...

André Gouzes. L\Bibliographie : «André Lanskoy»
«André Lanskoy», Fonds Chassagne et Zoubchenko, reproduit sous le n° 73 page 29

André Gouzes. L\Synthèse : l'architecture du recueil
«fleurs» et «mal» aux antipodes l'un de l'autre (éclat innocent et pur vs le sombre, l'informe, le hideux). Baudelaire semble affirmer...

André Gouzes. L\L’hymne de la mort de Ronsard





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com