Introduction – Petite poétique de l'infra-ordinaire





titreIntroduction – Petite poétique de l'infra-ordinaire
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date de publication31.01.2018
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Emmanuël Souchier, « La mémoire de l'oubli. Pour une poétique de infra-ordinaire ».

La forme texte est un objet circulant socialement, qui est appropriée de telle manière que l'on ne la voit plus. On remarque qu'un poème est un poème grâce à sa mise en page, par exemple. La forme est l'essence même de l'information.

Ainsi, on peut parler d'habitus, comme le fait Bourdieu, mais attention, il ne s'agit pas d'habitus social.


« Je suis des yeux des lignes sur le papier, à partir du moment où je suis pris par ce qu'elles signifient, je ne les vois plus . […] L'expression s'efface devant l'exprimé, et c'est pourquoi son rôle médiateur peut passer inaperçu »

Gaston Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.


  • L'écriture et la forme ne sont pas scindables. C'est la forme qui permet l'accès à l'écriture.



Analyse de deux unes de l'Yonne Républicaine


→ Comment fait-on pour affirmer une parole?

On fixe un espace et un temps: l'Yonne comme lieu et Républicaine, quotidien régional issu de la Résistance pour le temps. Toute parole prononcée (texte ou photo) dans ce cadre là sera une parole tributaire de cette définition et qui aura à rendre compte sous un point de vue légal sous cette identité. Sur ce média qui a une matérialité, la parole journalistique s'exprime entre la première et la quatrième de couverture: c'est l'espace d'information, qui a une validité. L'information n'est valable dans cet espace qu'à une certaine date. Le lendemain, ces informations perdent toute validité. Ce média se donne une limite.

=> Deux dates: Républicaine et la date du jour, et deux espaces: le département de l'Yonne et le journal.
L'ensemble des éléments constitutifs de la une est élaboré avec un lieu: publicités locales en tête et bas de page de une. Cet ancrage permet de distinguer le type de lecteur et le rapport du lecteur au journal. Le lecteur aura dans le lieu auquel il vit, un rapport équivalent où son lieu est représenté. => Équivalence entre lecteur-cet espace et entre lecteur-espace de vie. Dans un premier temps, nous sommes dans l'espace de vie quotidienne alors que dans l'autre espace, il s'agit d'un espace sémiotique. A travers cette forme, on constitue un repère d'espace symbolique pour l'ensemble de la population à laquelle elle s'adresse.

=> Représentation d'un univers idéologique où chacun peut retrouver ses points de repères, qui sont fondamentaux.

La mort d'un quotidien dans une région est donc une véritable catastrophe: il n'y a plus les outils du « vivre ensemble ».Ce journal donne tous les jours de l'information sur le lieu où on vit mais il institue aussi un type de rapport collectif. On parle d'idéologie qui est un système d'idées, de valeurs partagées dans un certain espace et un certain temps.

Michel Meulo, Livre, édition L'oeil 9: il explique ce qu'est un média livre.

Le livre tel qu'il est, se distingue du rouleau car il s'inscrit dans la visée idéologique de la chrétienté naissante qui va changer le regard que nous portons sur le temps et la temporalité. Chez les Grecs, le temps est circulaire; aujourd'hui, notre vision du temps est linéaire. Du passage du rouleau au codex, toute la mentalité de la civilisation a changé. Il y a une relation entre la relation fondamentale d'une civilisation et le support médiatique de cette relation. Le livre est un objet né pour être ouvert avec la première page et fermé avec la dernière de couverture. Il y a la création d'un espace clos. Le journal annonce donc tout d'abord son énonciation avec son titre et sa logotypie. On entre symboliquement dans un espace et on en sort.
La quatrième de couverture est construite en croix avec quatre pavés. Il y a donc quatre temps: en haut à gauche, la météo qui a un rapport fondamental au temps, celle-ci est inscrite sur deux espaces: l'Yonne et la France. Les deux représentations sont sur fond bleu (ce qui paraît bizarre pour l'Yonne qui n'est pas entourée d'eau).Cela ne renvoie pas à des référents géographiques: l'Yonne est représentée plus grosse que la France. Cela fonctionne à l'aide du calibrage: représentations au même calibre alors que ces deux espaces n'ont pas la même taille. On observe de constants rappels du temps: météo aujourd'hui, demain et hier. Sous le pavé de la météo, il y a l'horoscope, qui est issu d'un temps circulaire. La date en une renvoie à une valeur de validité, d'une seule journée. L'horoscope renvoie à une continuité, c'est une nouvelle valeur.

Les quatre pavés ancrent le lecteur dans le temps et l'espace (météo, horoscope, « marie conseille » et plat du jour, publicité du temps).

=> Technique intellectuelle permettant à l'homme de réguler un temps circulaire et de s'y inscrire par rapport à un temps qu'il joue au quotidien et qu'il fuit.

L'écriture est née en même temps que le cadastre: la nécessité à réguler l'espace du vivre-ensemble est née en même temps que la nécessité d'écriture, langage symboliquement permettant de passer le temps de la parole.

Le passage de la société de l'oral à l'écrit va changer la temporalité: l'écriture permet, contrairement à l'oral, la maitrise du temps ou plutôt son passage et la circulation dans la société. L'écriture permet à l'homme en tant que technique de communication de croire maitriser le temps et de croire pouvoir circuler dans le temps et l'espace. Ainsi les deux bornes du journal (la page une et la quatrième) mettent en ordre le temps et l'espace du monde dans lequel l'homme va circuler. L'homme balise son temps, il rationalise l'espace, il se trouve des repères de sécurité.

Le carnet est la partie du journal la plus lue. Dans les enquêtes faites, on constate que le geste le plus fréquent est celui qui va vers le carnet. Pourquoi?

Cela renvoie au vivre-ensemble, cette notion appelle à la vie et à la mort, donc aux naissances et aux décès. Cela pose la question du rapport de l'homme avec la vie et la mort. C'est donc normal que cela intéresse l'homme.
→ A partir de quoi se constitue l'idéologie dans laquelle on vit et dont on est fatalement tributaire?
Le journal est ainsi organisé:




la Une




l'international dans l'espace

local

l'Yonne/ la région

départemental/régional

le carnet du jour

espace de la mort


le local par cantons



le petit lieu du lecteur

les sports

l'espace du sport

les faits du jour:France/International

national/international

la Der

l'histoire dans l'espace local


Dans la rubrique « Local », en têtière, on note la répétition: nom du canton et carte. Cela permet au lecteur de trouver l'information qu'il cherche. Ce système de signalétique peut aussi être retrouvé sur Internet.

Le quotidien donne à lire ces têtières, qui font appel à des repères appris enfant. Ces repères visuels, ce rapport au territoire paraît naturel, alors qu'en fait, ils sont culturels, évidemment appris. Quand le lecteur va chercher sa rubrique, il va refaire ce parcours. Le lecteur va physiquement aller à travers le journal, il va physiquement repérer le logo qui va l'attirer vers le centre où il veut aller. Le parcours que le lecteur fait, sans s'en rendre compte, est un parcours qu'il a fait au quotidien, il se trouve dans son quotidien.

=> Le journal établit une équivalence entre les pages du journal et le territoire géographique du lecteur: territoire symbolique et territoire géographique du lecteur.

  • Le forme est une écriture de la mémoire collective.

La structure dans le théâtre de mémoire est une structure commune: le lieu, le parcours, les images. L'articulation se fait sur le fait qu'historiquement, on a délégué notre mémoire aux médias. Dans un média donné, dans un lieu et moment donné, la mémoire collective de ce lieu s'élabore, ex: l'école, le journal. L'éducation autant que les médias ont un rôle analogue de structuration des mentalités. Ce sont des objets qui pratiqués au quotidien, permettent de structurer notre regard et notre rapport au monde: nous sommes dans les cadres instituants de la communication. Le parcours du lecteur dans le journal est évident: son journal ne lui ment pas, il lui représente le lieu dans lequel il vit; il est symboliquement le lieu que le lecteur se représente: la crédibilité du quotidien est donc fondée. La loi de la proximité se donne donc à lire à travers la forme même du journal. Le lecteur sait physiquement à travers l'espace du journal où se trouve sa rubrique grâce au parcours qu'il aurait fait inconsciemment, il sait où se trouvent ses espaces de vie dans son journal. Ce qu'il fait, arpenter l'espace dans lequel il vit, il le fait symboliquement dans son journal. Le quotidien élabore une relation affective ainsi extrêmement prégnante. Ancré dans ses représentations, le lecteur retrouve son propre quotidien, d'où la quatrième de couverture avec ce qu'il va manger aujourd'hui, par exemple. Le lecteur ici est chez lui: il est intimement ancré dans un espace qui lui est propre.Le journaliste se retrouve dans cet espace acquis au lecteur. C'est le lecteur qui est propriétaire de l'information. Il est la force sourde, silencieuse de l'ensemble de l'information infra-ordinaire.

  • Valeur anthropologique et institutionnelle, autre que politique.

Cette « structure structurée et structurante » conditionne la nature du regard porté sur le monde. L'information qui est en dernière partie du quotidien est une information qui est complètement préformatée par le discours du local. Le regard porté par le lecteur local sur l'international est une jumelle avec lequel le lecteur regarde l'international avec son petit point de vue.


  • A travers sa forme, il institue l'identité locale et tisse le lien social. L'Yonne Républicaine a ces deux fonctions essentielles au-delà de son rôle d'organe d'information.

  • Rôle fondamental de ce type de média dans la structuration de l'imaginaire collectif. En cela, le média est un espace imaginaire où se joue symboliquement la scène de la vie quotidienne.

Le quotidien est ce qu'il a de plus difficile à découvrir.

Maurice Blanchot, La parole quotidienne



L'image du texte dans la publicité
Publicité de la Golf, Volkswagen, slogan « Niet », chiffon rouge sur lequel il y a une clé à molette et un outil pour remonter un pneu.


Économie du linguistique


Il faut donner toutes les informations nécessaires à la bonne compréhension du document: le corpus, le contexte, la source d'énonciation, la date technique, le registre … La façon dont est faite la campagne va changer l’attitude du lecteur et c’est ce que l’on va convoquer à l’intérieur d’un document publicitaire. Il faut s’intéresser au contexte historique et culturel. La mise en contexte, en situation, procède d’un choix: elle est toujours un acte d’interprétation.

Dans cette publicité, il y a un appel du champ publicitaire/marchand au champ historique. Le champ politique est convoqué au sein du publicitaire comme élément d’argumentation.
Au moment où l’affiche sort, c’est l’époque de la chute du mur de Berlin. Il y a un imaginaire iconographique mais qui fait partie du background et c’est sur cela que les publicistes vont travailler. Tout le monde a en tête la chute du mur au moment de la pub ; la mise en contexte est extrêmement lourde. La lecture de l’image peut être totalement différente d'une époque à l'autre. Il y a des publicités qui jouent su un événement et du coup, six mois après, elle est obsolète. Il faut constituer les outils adaptés : il n’y a pas de réponse en soi adaptée pour toutes les questions. L’analyse se fait dans un aller-retour permanent. Il faut faire preuve d’un éclectisme méthodologique en fonction des problématiques posées.
La description des langages symboliques qui sont mis en place : il y a du texte, de l’image et du mixte (la typographie et le logotype). Il y a au moins trois niveaux minimum. La description est un temps mais ce n’est pas celui qu’il faut exposer, il va falloir expliquer une rhétorique. Il faut être dans l’analyse rhétorique de l’image, il faut établir le discours dans le contexte de communication.
Il y a une économie extrême du texte, avec le seul mot « Niet. ». En pied de page se trouvent diverses mentions. La loi Toubon est passée et oblige les pubs à traduire les mots étrangers. On est à peine dans l’émergence d’Internet, il y a donc l’adresse « 36-15 VW ». En bas à droite il y a « Golf » et « Volkswagen ». Le message linguistique est double : question de la typographie. Si on change ne serait-ce que la police cela signifie autre chose ; il n’y a pas de degré zéro de la signification.
La marque, l’identité est la signature en quelque sorte. La signature repose sur plusieurs choses : prénom nom. Golf – Volkswagen. Il y a valeur symbolique de signature reprise de manière très puissante par le publiciste, tel un contrat ou une lettre, ou un document ?
La typographie a sa signification. C’est une empreinte formelle de l’énoncé. On joue sur la même forme typographique. Il y a une délégation identitaire de la parole à travers l’espace et la mise en page. Une délégation identitaire entre plusieurs auteurs (Golf, Volkswagen, DDB Needham) met à jour un système de délégation de paroles, on passe plusieurs étapes imaginaires de parole. Il y a donc un triangle énonciatif. Il y a une transmission symbolique de la voix.
Le slogan est des plus laconiques. Il est percutant: « Niet. ». Il faut faire un retour sur le contexte :

  • typographique, famille de l’Univers (une des grandes familles de caractère).

  • linguistique : le but est de fonder une négation universelle (on présuppose que le public français connaît le mot).

  • le publicitaire joue sur le prescriptif historique (propagande) et sur le mélange des genres. On convoque la pratique de la propagande.


Il y a un ancrage d’une rhétorique de la négation: il faut ancrer la négation dans la polysémie de l’image. D’un point de vue iconique il faut penser aux capitales et aux points, à la situation spatiale.
Il y a une culture publicitaire, nous ne sommes pas naïfs face à la publicité comme nos grands-parents. Il y a une histoire du geste à travers la publicité. Ici, on voit qu'il y a un jeu de la marque avec le thème de la panne impossible. Volkswagen s’oppose à toute idée de la panne. On va ainsi rappeler culturellement un certain type d’image.

Rhétorique de l'image: le spectacle de la panne


On peut constater une mise en contexte, un effet de réel et une spectacularisation. Dans la rue, le cadre est le panneau d’affichage c’est donc un espace singulier commun à tous les médias. L’homme a inventé la notion de l’écran, la pensée de l’écran c’est extraire de l’univers sensible un espace singulier qui va être destiné à exprimer ce nouveau langage qu’est l’écriture. L’écriture a de la signification à partir du moment où elle est délimitée. Les cadres sont des signes organisateurs : ils servent à capter notre attention. L’utilisation d’un cadre fait partie d’un acte de communication. Il tend à se faire oublier malgré son importance dans la construction du sens. Le cadre est un signe à proprement parler. Il doit être le plus efficace possible en disparaissant. Le cadre a pour vertu de disparaître de nos yeux, de la situation de communication. Le cadre est un des processus de fonctionnement de tous les processus de communication. La puissance de l'infra-ordinaire réside dans sa disparition. C'est un « signe sournois qui se cache pour montrer ».

La création des images est la conséquence d'une invention aussi prodigieuse sans doute que celle de l'outil ou du langage,et qui les ignore l'une et l'autre: celle de l'écran.
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