Introduction – Petite poétique de l'infra-ordinaire





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Plan du cours


  • Introduction – Petite poétique de l'infra-ordinaire

On ne le voit pas, on n'y pense pas et pourtant, ça communique!


  • Éléments d'énonciation éditoriale

Qui communique et qui a le pouvoir dans la parole?


  • Formes instituantes dans la presse quotidienne

A travers quoi communique-t-on? Quel est le poids de la forme dans la communication? L'exemple Ouest France, « cordon bleu » des quotidiens régionaux


  • L'image du texte dans la publicité




  • La typographie comme maîtresse servante

Pour avoir accès au sens, la typographie disparaît à nos yeux. Un média doit donc pour bien fonctionner s'effacer devant ce qu'il donne à voir.

« Je suis des yeux des lignes sur le papier, à partir du moment où je suis pris par ce qu'elles signifient, je ne les vois plus . […] L'expression s'efface devant l'exprimé, et c'est pourquoi son rôle médiateur peut passer inaperçu »

Gaston Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.


  • Technologies intellectuelles: outils, mémoire et médias

Mallarmé évoque, en parlant de la poésie, la notion de « technologie intellectuelle ».


  • Les médias informatisés comme dispositifs d'écriture

Ils sont institués par l'écriture; ce ne sont pas des images et du son: on y a accès par un clavier, dispositif écriture et par un écran, dispositif de lecture. Un logiciel est même constitué par une structure langagière.

Quelques principes préalables sur les dispositifs d'information et de communication

  • La matérialité

Sans sa matérialité, le texte n'existe pas. Internet est un leurre: si je coupe l'électricité, il n'y a plus de texte; on a accès au texte à l'aide d'un écran.

  • La polyphonie énonciative – effet choral

  • La dimension infra-ordinaire

Les trois quarts des processus de communication sont tellement intégrés qu'on n'y pense pas.



  • Il faut comprendre les cadres de la communication pour trouver sa place en tant que « manipulé » et « manipulateur » et s'affranchir de ces places afin d'être libre.

  • Il faut être capable d'analyser les prémisses à partir desquelles on communique.



Introduction: Petite poétique de l'infra-ordinaire
L'expression « infra-ordinaire » est un emprunt à Georges Perec, qui avait écrit Approche de quoi. L'éditeur l'avait alors renommé par « infra-ordinaire », terme jugé meilleur pour un titre et qui apparaissait dans la préface.

« Il faut qu'il y ait derrière l'événement, un scandale, une figure, un danger. […] Comment interroger, décrire [l'habituel]? […] Nous dormons notre vie d'un quotidien sans rêves. […] Comment parler de ces choses communes, les traquer, les débusquer, [...] leur donner un sens, une langue, qu'elles parlent enfin de ce qu'il est, de ce que nous sommes? […]  Qu'y a-t-il sous votre papier peint? [et d'autres, ces questions sont triviales mais essentielles! Pour recréer l'événement, interroger ce qui va de soi]»

Georges Perec, Infra-ordinaire.

  • Accélération des processus de communication qui font que les nouvelles générations oublient ce qu'il s'est passé il y a quelques années.

  • Mémoire courte.


Le mot « bonjour » rentre dans les probabilités sociales, mais ce qui est moins attendu, c'est qu'on y prête attention, qu'on l'interroge, qu'on le salue, « qu'on lui dise 'tiens toi, salut!' » (Georges Perec).

  • Omniprésence de l'infra-ordinaire

Combien de fois dit-on « bonjour » par jour? L'oubli du mot est donc paradoxal puisqu'il est omniprésent et banal. Finalement pour que ce mot existe, il faut qu'il disparaisse. Apparaît alors un paradoxe: disparaître pour exister, paradoxe essentiel de la communication quotidienne et des médias. Cela amène à se poser de nombreuses questions.

Dans Bilbo le Hobbit, J.R.R Tolkien s'interroge sur les objets du quotidien qui permet et engage la communication dont nous ne faisons pas attention à travers le dialogue initial entre Bilbo et Gandalf.



« Nous entendons caractériser ainsi, comme obstacles de la pensée scientifique, des habitudes toutes verbales »

Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, 1938. Bachelard qualifie les mots d'obstacles. Les mots n'ont pourtant pas vocation à être des obstacles mais plutôt à dévoiler, dans notre culture. Nous avons l'habitude de considérer les mots comme des outils.

« La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. »

Quand on rend compte du monde, le vocabulaire utilisé va, en partie mais fatalement, caché autre chose. En effet, choisir un mot, un terme n'est pas anodin. Ce choix va être déterminant dans la définition et l'appréhension et la compréhension de l'objet.

Par exemple, le système nazi s'est d'abord construit avec l'épuration du langage; la langue nazie avait réduit l'allemand à un certain nombre de mots. C'est l'idée développée et étudiée par Victor Klemperer dans LTI, la langue du IIIème Reich.


« L'opinion pense mal; elle ne pense pas: elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion, il faut d'abord la détruire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur les questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes.[...] Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit. »

Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique.

Le langage est construit: pas seulement la linguistique mais aussi le langage corporel, le rapport au corps et le regard. Il y a des différences sur la manière de dire « bonjour » entre les pays du Nord (Angleterre, par exemple) et les pays du Sud (le Mexique, par exemple), elles sont culturelles: la manière dont on salue est totalement intégrée à notre conscience infra-ordinaire.

« Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. Accéder à la science, c'est spirituellement rajeunir.»

Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique.

Pour comprendre le mot « bonjour », ce à quoi il correspond, son intérêt, ses enjeux, il y a la nécessité de sortir de l'opinion que je porte dessus.

  • Notre langage est chargé d'histoire, de culture et nous sommes foncièrement marqués par cela, chacun en est porteur.

« Il n'y a pas de lecture objective, il ne peut y avoir que de lecture subjective et du coup, la seule solution qu'on puisse avoir est de donner à l'autre à lire son propre système de lecture. »

Roland Barthes, Sur Racine.
Exemple des glyphes Mayas:

Il s'agit d'une écriture-peinture de dimension iconique. Il existe trois sortes d'écritures: l'écriture alphabétique, l'écriture consonantique et l'écriture peinture; ces trois écritures offrent aux hommes des visions radicalement différentes. Pour décrypter cette écriture, il a donc fallu faire une immersion dans la culture maya.

Il s'agit d'une écriture-peinture de la nuit, c'est-à-dire d'une écriture obscure, « ak'ab ts'ib ». « Écrire dans la conception maya, [...] c'est masquer le réel » Michel Boccara. Dans la culture occidentale, écrire est une manière de lutter contre les mots-obstacles. Les mayas ne vont pas lutter contre ça, c'est le lecteur (le chamane, pas n'importe quel lecteur!) qui va interpréter le texte en faisant passer de l'eau de vie dessus, le livre se retrouve alors « re-vitaliser ». (Les Egyptiens avaient des pratiques analogues, mais nous aussi... .) Le chamane va interpréter le texte, il ne sera pas dans un rapport dénotatif du texte, l'interprète est fondamental: l'écriture maya est polysémique. Dans la philosophie maya, celui qui avait la chance de pouvoir écrire et lire (le scribe puis chamane, ceux, en somme, qui appartiennent à la caste des prêtres et des dirigeants), a la possibilité de se trouver en échange direct avec la mort.

  • Les enjeux fondamentaux de l'écriture ne sont alors pas les mêmes que les nôtres. Pour la comprendre, il faut avant tout sortir de notre propre mode de pensée.


Éléments d'énonciation éditoriale



La miniature est un des gîtes de la grandeur.

Gaston Bachelard.
La théorie de « l'énonciation éditoriale » repose sur trois piliers:

  • les propriétés qui donnent à voir le texte - « l'image du texte »

L'image du texte permet concrètement à l'écriture d'exister aux yeux du lecteur.

  • les propriétés qui cachent le texte - « l'infra-ordinaire »

  • les propriétés énonciatives du texte, le fameux « qui parle? » - constat d'une « polyphonie énonciative »

Il n'y a pas de communication entre les hommes qui soit en dehors de processus que l'on peut appréhender matériellement: c'est un principe de la théorie de l'énonciation éditoriale.

  • Cette théorie est donc matérialiste.


Les Sumériens ont élaboré des supports plus grands pour écrire qu'un simple rectangle tenant dans la main, ils ont également joué sur les formes et ont créé des espaces coniques, quadrangulaires: en fonction de la forme du support, le type de texte était différent. La forme même du support renseignait sur le document auquel on avait accès. Autre exemple: la contraction du langage est née du support téléphonique.

  • Le support est un facteur déterminant du contenu.

Les faits sont têtus: sans support et sans matière, sans « dessins », il n'est pas plus de texte que d'écriture – fut-elle la trace fugitive de la lumière irisant l'écran.

Emmanuel Souchier, Cahier de Méthodologie, « L'image du texte ».

Nous n'avons, d'ailleurs, même pas de pensée sans écriture dans notre société. De cette idée, découle la notion d'intertextualité puisqu'il existe une histoire de la pensée, donc il y a entrecroisement des textes. L'intertextualité est l'idée qu'un texte n'est pas le fruit d'un seul auteur. « Nous ne faisons que nous entre-gloser » Michel de Montaigne : nous empruntons aux autres ce que nous croyons être. Tous les textes sont traversés par l'histoire, la culture, des références communes.

→ Peut-on alors faire abstraction de cette image du texte?

La langue est réflexive: avec la langue, on peut dire le monde, enfin en partie. Néanmoins elle exclue l'ensemble des autres sens de l'être humain. Un peintre ne peint pas avec des mots: il donne à voir un univers sensible que la langue ne donne pas à voir. C'est la dimension matérielle visuelle graphique qui me donne un certain nombre d'informations. Nos sens sont actifs à des niveaux de langage qui sont distincts de la seule langue.

  • Les langages ne sont pas réductibles à la seule langue.

La dimension visuelle d'un texte, son image fait partei du contenu du texte, de ce qu'il veut dire, de son langage, même s'il n'utilise pas la langue.
Dans tous les processus d'écriture, l'homme écrit noir sur blanc. « L'homme poursuit noir sur blanc » Stéphane Mallarmé, Crise de vers.

Le texte ainsi considéré présente une résistance physique, matérielle, une présence sociale et idéologique qui s'expriment à travers l'histoire et la culture.

Emmanuel Souchier, Cahiers de méthodologie, « L'image du texte. Pour une théorie de l'énonciation éditoriale ».

Un texte n'est pas transparent. D'ailleurs, il faut se méfier de la notion de « transparence », car dès que le mot est utilisé, c'est qu'on souhaite nous cacher quelque chose. La transparence, en communication, est un leurre absolu.

  • On doit d'autant plus, ne pas faire abstraction de l'image du texte que le texte est épais, il est opaque, il résiste.

Exemples de cette opacité:

  • Maximilien Vox, variations sur le mot « mode », Arts et métiers graphiques, 1957

Le mot « mode » est rigoureusement le même sur toutes les lignes, mais dans la communication, ces mots sont radicalement différents. C'est la matérialité visuelle de l'écriture: le dessin de la lettre, son corps, la police de caractère est différente. L'appréhension par un lecteur est différente à chaque ligne. On joue sur une communication visuelle, qui renvoie à une culture de l'œil.

  • Pierre Faucheux, « Le graphisme et l'art », Art d'aujourd'hui, 1952

Exercice de style, il prend des mots qu'il 'traduit' à sa façon, dans la police de caractère. Le mot « force » est par exemple, mis en gras et il prend un caractère rappelant les caractères de bois ayant servi aux affiches, qui connote alors la révolution industrielle du XIXème siècle. Pour « archaïsme », il prend un caractère gothique. (La gothique a d'ailleurs été interdite par Hitler en 1942 alors qu'elle était courante dans la culture germanique). A partir d'un mot, il utilise un type de connotation liée à un dessin. Mais attention, cela ne veut pas dire que la gothique est égale à l'archaïsme. Il n'y a pas d'équivalence entre une forme et une signification particulière: cela a été déterminé dans un contexte, dans une situation, par une culture.

Un texte réunit auteur, editor, éditeur, directeur de collection, secrétaire d'édition, correcteur, illustrateur, maquettiste, graphiste, typographe, claviste, imprimeur, partenaires officiels, mécènes, fabricants de papier (le papier peut lui aussi beaucoup signifier), … . Chacun va laisser à sa façon une trace de son intervention. Ces traces sont appelées aussi « marques d'énonciation éditoriales ».

Un texte en fonction de son édition va changer de look mais aussi de sens, car son édition est connotée. Le protocole éditorial s'impose et prime sur celui de l'auteur. On peut en effet voir l'intervention de l'éditeur lors de l'étape du tapuscrit. Ce dernier fait appliquer le code éditorial: mise des guillemets (qui peut casser l'écriture de l'auteur, pourtant), nombres écrits en chiffres romains et non en lettres, … . A travers cette exemple d'un texte édité, on constate une certaine polyphonie énonciative.
Dans les génériques de fin de films, on nous donne une hiérarchie de métiers à lire. Sur la couverture d'un livre, l'éditeur, l'auteur peuvent s'effacer; le maquettiste est effacé. Cela est dû à des questions d'ordre social. Certains corps sociaux ne se sont pas battus pour apparaître. Les noms dans les génériques sont donc les fruits d'une bataille sociale. C'est une marque d'énonciation qui a l'avantage de la clarté. C'est une question de droit. [cf. Jean-Luc Antonucci, « Jacques Tati constructeur, Analyse du générique Mon Oncle » dans Générique & Cinéma].

Les sites internet publient également qui parle et donne donc à voir les marques d'énonciation.



  • La matérialité, la visualité du texte couplée à la polyphonie énonciative donnent des rapports de pouvoir dans la communication, qui constitue de l'infra-ordinaire.



Formes instituantes dans la presse quotidienne

→ Comment les cadres instituants vont formater la communication?
La presse quotidienne est un espace de communication qui est infra-ordinarisé.


« Pour parvenir à mes yeux, pour que j'aie pu la lire, l'écriture d'un texte aura forcément emprunté les voies de la typographie, celles de la mise en page ou celles encore de la mise en forme. Ainsi se sera-t-elle donnée à lire à travers sa forme même. Et c'est en cela que l'écriture m'informe. Et en cela également -puisque la forme est instituante- qu'elle me forme. Voici le pouvoir essentiel de la forme -en ce qu'elle est l'essence même de l'information. […] Autrement dit, l'écriture m'informe en sa forme même. Et mon regard, historiquement, par apprentissage et habitude -en sa forme-, peu à peu s'est formé en la « mémoire de l'oubli ». Si donc la forme m'informe, elle me forme aussi. Et c'est sur ce socle d'apprentissage et de coutume que s'enracinent les processus de communication. »
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