Manuel : Empreintes littéraires, Bordas





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DESCRIPTIF DES


LECTURES ET ACTIVITES

deco

1ere ES 1

Année scolaire 2011-2012
Lycée polyvalent F. J. Curie

Dammarie-les-Lys
01 64 39 34 34

Ce descriptif contient 7 séquences (5 majeures, 2 mineures)

21 textes étudiés
Manuel : Empreintes littéraires, Bordas

Livres dont les textes ne sont pas fournis :

  • Le Misanthrope, Molière

  • L’Etranger, Camus


Professeur responsable : M. Bouquet



Séquence 1

Les Fables de La Fontaine ou l’art de plaire en instruisant, une règle bien classique!

(séquence majeure : 5 lectures analytiques)


Objet d’étude


La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIe siècle à nos jours.



Problématique 


Comment céder aux désirs du public (plaire) tout en conservant la fonction pédagogique de la fable (instruire) ? Un enjeu classique.

Les formes et les fonctions du dialogue : convaincre, persuader et délibérer.

Les enjeux de la fable : plaire et instruire.



Groupement de textes

(5 lectures analytiques)


 “Le Loup et le chien” de La Fontaine

 “Le loup et l'agneau” de La Fontaine

 “La laitière et le pot au lait” de La Fontaine

 “Le vieux chat et la jeune souris” de La Fontaine

 “Les deux amis” de La Fontaine



Études d'ensemble


 Le classicisme dans Les Fables : plaire et instruire.

 Les formes et les fonctions du dialogue: convaincre, persuader, délibérer.



Lecture(s) cursive(s)


La Ferme des animaux, d’Orwell. En quoi ce livre relève-t-il du genre de la fable ?




Documents complémentaires


Lectures cursives (extraits)

 Confrontation des époques : fables “Le Loup et l'agneau” écrites par La Fontaine, Esope et Phèdre, en vue d'apprécier l'imitation des Anciens et la modernisation apportée par La Fontaine en vue de plaire à ses lecteurs.
Lectures cursives (images)

DVD des Fables mises en scène par Wilson : visionnage de plusieurs d’entre elles, dont « Le loup et l’agneau », « le chêne le roseau », « la cigale et la fourmi », « le corbeau et le renard », « le pouvoir des fables »… (Etude des choix de mise en scène : représentation de l’allégorie animale (masques ou autres accessoires), musique, décors, présence de La Fontaine…)
 “Le Loup et le chien” en images: Doré, Grandville et Quellier. Quelle illustration représente le plus fidèlement la fable de La Fontaine?



Activités complémentaire


 Biographie de La Fontaine (Vie, mécène, rapports avec Louis XIV, Querelle des Anciens et des Modernes...)


Lectures et activités personnelles







Séquence 2

Le Misanthrope de Molière, un miroir du XVIIe siècle

(séquence majeure : 3 lectures analytiques)

Objet d’étude

Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours.


Problématique 

En quoi Le Misanthrope de Molière est-il un miroir de la société du XVIIe siècle?

Le portrait satirique de la société du XVIIe.

Le classicisme de la pièce.

Œuvre intégrale

(3 lectures analytiques)

 Acte I Scène 1 (v 1 à 86)

 Acte I Scène 2 (v 305 à 350)

 Acte V Scène 4 (v1769 à 1808)


Études d'ensemble

 La peinture satirique de la cour du XVIIe: la Préciosité, les Salons littéraires, la figure de l'Honnête homme, l'hypocrisie de la Cour.
 Un pièce classique: la règle des trois unités, la bienséance, la vraisemblance.

Lecture(s) cursive(s)

Huis Clos de Sartre: lecture autonome.


Documents complémentaires

Lectures cursives (images)

Le Misanthrope mis en scène par Stéphane Braunschweig (TNP de Strasbourg, 2004):

Inscription de la pièce dans un cadre contemporain: le rôle du miroir, les costumes, l'absence de décor...

Non respect de la règle classique de la bienséance: embrassades, nudité...
Le Misanthrope mis en scène par Pierre Dux à la Comédie Française (1977) : un choix bien plus classique.

Activités complémentaire

 Biographie de Molière (L'Illustre Théâtre, succès et difficultés...).


Lectures et activités personnelles






Séquence 3

Les pouvoirs du théâtre : la magie des mots et des acteurs

(séquence mineure : 1 lecture analytique)

Objet d’étude

Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours.


Problématique 

Pourquoi aller au théâtre ? Qu’est-ce qui fait sa force ?

Le théâtre dans le théâtre


Devoir type bac

(1 lecture analytique)

 Lecture analytique de Kean de Dumas (III, 12) – texte joint.


Documents complémentaires

Devoir type bac autour des premières impressions de spectateurs : Kean de Dumas (III, 12), « Les Vocations » de Baudelaire, extrait d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs de Proust, extrait de L’Impromptu de Paris de Giraudoux.





Séquence 4

L’eau en poésie, reflet d’un monde en mouvement

(séquence majeure : 3 lectures analytiques)


Objet d’étude


Ecriture poétique et quête du sens, du Moyen-âge à nos jours.



Problématique 


En quoi le thème de l’eau éclaire-t-il le sens de la poésie baroque ?

La sensibilité baroque.

Le sonnet.



Groupement de textes

(3 lectures analytiques)


 « Et la mer et l’amour… » de Marbeuf

 « Je disais l’autre jour… » de Marbeuf

 « Assieds-toi sur le bord d’une ondante rivière… » de Chassignet


Études d'ensemble


 Le genre du sonnet : histoire, composition.

 Le baroque en littérature.



Documents complémentaires


Lectures cursives (images)

 « L’union de la terre et de l’eau » de Rubens : un tableau baroque.

 Etude d’autres peintures baroques (p.252-253 du manuel) (notamment des vanités)



Activités complémentaire


 Biographie de Marbeuf.


Lectures et activités personnelles





Séquence 5

Les Fleurs du mal, l’isolement du poète

(séquence mineure : 1 lecture analytique)

Objet d’étude


Ecriture poétique et quête du sens, du Moyen-âge à nos jours.


Problématique 

En quoi, pour Baudelaire, le poète est-il un être à part ?


Œuvre intégrale

(1 lecture analytique)

 Poème « L’Albatros », des Fleurs du mal.


Documents complémentaires

Dossier sur les procès des Fleurs du mal : procès, condamnation, puis réhabilitation.






Séquence 6

Meursault, un personnage étrange

(séquence majeure : 4 lectures analytiques)


Objet d’étude


Le roman et ses personnages: visions de l'homme et du monde.




Problématique 


En quoi Meursault paraît-il en rupture avec la société et les autres?

Un personnage de roman: le rejet de Meursault par la société.

Le genre du roman.



Groupement de textes

(5 lectures analytiques)

Édition proposée par le professeur: Folio Classiques Plus

 Chapitre 1, partie 1: “Aujourd'hui, maman est morte [...] pour n'avoir plus à parler”. (p. 7 et 8)

 Chapitre 5, partie 1: “Le soir, Marie est venue me chercher [...] dès qu'elle le voudrait”. (p. 46 et 47)

 Chapitre 6, partie 1: “C'était le même soleil [...] sur la porte du malheur” (p. 63, 64)

 Chapitre 5, partie 2: “Lui parti, j'ai retrouvé le calme. [...] qu'ils m'accueillent avec des cris de haine” (p. 120)


Études d'ensemble


 Meursault, un personnage étrange.

 Le genre de l'absurde.

L’Etranger, un roman ?



Lecture(s) cursive(s)


La Cantatrice chauve de Ionesco: lecture autonome.




Documents complémentaires


Entrainement au devoir type bac

 L’ambition du héros romanesque chez Balzac, Stendhal et Maupassant : Eugène de Rastignac, Julien Sorel et Georges Duroy.
Lectures cursives (extraits)

 Le mythe de Sisyphe (extrait des premières pages).



Activités complémentaire


 Biographie de Camus.


Lectures et activités personnelles






Séquence 7

L’Ingénu: Une œuvre engagée du Siècle des Lumières

(séquence majeure : 4 lectures analytiques)


Objet d’étude


La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIe siècle à nos jours.



Problématique 


Comment Voltaire, en inscrivant pourtant son conte philosophique dans le siècle précédent, réussit-il à en faire une critique de la société dans laquelle il vit ?

Le genre du conte philosophique.

La société au XVIIIe siècle.



Œuvre intégrale

(4 lectures analytiques)


 Chapitre 1, du début jusqu’à « allèrent de compagnie au prieuré de Notre-Dame de la Montagne ».

 Chapitre 8 dans son intégralité.

 Chapitre 11, du début jusqu’à « et je hais celle des imposteurs ».

 Chapitre 16 dans son intégralité.


Études d'ensemble


 Une œuvre satirique.

L’Ingénu : un conte philosophique et un apologue.

 Les personnages de l’œuvre.

 La critique du XVIIIe siècle dans un récit se déroulant au siècle précédent.



Documents complémentaires


Lectures cursives (extraits)

 Articles « Réfugiés » et « Paix » de l’Encyclopédie.

 « De l’horrible danger de la lecture » de Voltaire.



Activités complémentaire


 Biographie de Voltaire.

Recherches sur les affaires Calas, Sirven et du Chevalier de La Barre.

Travail de recherche sur le contexte historique et littéraire du siècle des Lumières.

Lectures et activités personnelles





Signature du professeur :

Visa du chef d’établissement :
Texte 1

Le Loup et le chien
1 Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
5 L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
À se défendre hardiment.
10 Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
15 Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
20 Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
— Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
25 Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. »
30 Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
— Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
35 De ce que vous voyez est peut-être la cause.
— Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu’importe ?
— Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
40 Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Jean de La Fontaine, Fables, premier recueil, 1668, fable 5

Le loup et le chien” en images

Illustration 1 : Gustave Doré (XIXe)



Illustration 2 : Jean-Jacques Granville (XIXe)

Illustration 3 (bas gauche) : André Quellier (XXe)

Illustration 4 (bas droite) : Henri Morin (XXe
Texte 2

Le loup et l’agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
            Nous l'allons montrer tout à l'heure.
            Un agneau se désaltérait
            Dans le courant d'une onde pure.
5 Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
        Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
            Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
10 -Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
           Ne se mette pas en colère ;
            Mais plutôt qu'elle considère
            Que je me vas désaltérant
                    Dans le courant,
15             Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
            Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
20 -Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
        Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère
            -Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
        - Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens :
            Car vous ne m'épargnez guère,
25             Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
            Là-dessus, au fond des forêts
            Le loup l'emporte et puis le mange,
            Sans autre forme de procès.


Jean de La Fontaine, Fables, premier recueil, 1668, fable 10

Texte 3

La laitière et le pot au lait Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait
            Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là pour être plus agile
            Cotillon simple, et souliers plats.
            Notre Laitière ainsi troussée
            Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’ œufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
            « Il m’est, disait-elle, facile
D’élever des poulets autour de ma maison : 
            Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;
J’aurai le revendant de l’argent bel et bon ;
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? »
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri 
            Sa fortune ainsi répandue,
            Va s’excuser à son mari
            En grand danger d’être battue.
            Le récit en farce en fut fait ;
            On l’appela le Pot au lait.

            Quel esprit ne bat la campagne ?
            Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
            Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
            Tout le bien du monde est à nous,
            Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m écarte, je vais détrôner le Sophi ;
            On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

            Je suis gros Jean comme devant.
Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, 1668, fable 9


Texte 4

Le vieux Chat et la jeune Souris


Une jeune souris, de peu d'expérience,
Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis.
                « Laissez-moi vivre une souris
                De ma taille et de ma dépense
                Est-elle à charge en ce logis?
               Affamerais-je, à votre avis,
                L'hôte, l'hôtesse, et tout leur monde ?
                D'un grain de blé je me nourris
                Une noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre attendez quelque temps
Réservez ce repas à Messieurs vos enfants.»
Ainsi parlait au chat la souris attrapée.
                L'autre lui dit « Tu t'es trompée
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant à parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner ? cela n'arrive guères.
                Selon ces lois, descends là-bas
                Meurs, et va-t-en, tout de ce pas,
                Haranguer les sœurs filandières
Mes enfants trouveront assez d'autres repas.»
                Il tint parole ; et, pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir ;
               La vieillesse est impitoyable.
Jean de La Fontaine, Fables, livre XII, fable 5, 1668-1694

Texte 5

les deux amis

1 Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :
Les amis de ce pays-là
Valent bien dit-on ceux du nôtre.


5 Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,
Et mettait à profit l'absence du Soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :
Il court chez son intime, éveille les valets :
Morphée avait touché le seuil de ce palais.
10 L'Ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ;
Vient trouver l'autre, et dit : « Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
À mieux user du temps destiné pour le somme :
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?
15 En voici. S'il vous est venu quelque querelle,
J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés : voulez-vous qu'on l'appelle ?
— Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point :
20 Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ;
J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit songe en est la cause. »


Qui d'eux aimait le mieux, que t'en semble, Lecteur ?
25 Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
30 Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.


Jean de La Fontaine, Fables, livre VIII, fable 11, 1668-1694


Texte 9


ANNA. – Je ne désirais rien, je n'espérais rien, je n'aimais rien. Mon tuteur avait consulté les médecins les plus habiles de Londres, et ils nous avaient dit que le mal était sans remède, que j'étais attaquée de cette maladie de nos climats contre laquelle toute science échoue. Un seul d'entre eux demanda si, parmi les distractions de ma jeunesse, le spectacle m'avait été accordé. Mon tuteur répondit qu'élevée dans un pensionnat sévère, cet amusement m'avait toujours été interdit... Alors il le lui indiqua comme un dernier espoir... Mon tuteur en fixa l'essai le jour même ; il fit retenir une loge, et m'annonça, après le dîner, que nous passions notre soirée à Drury-Lane ; j'entendis à peine ce qu'il me disait. Je pris son bras lorsqu'il me le demanda, je montai en voiture... et je me laissai conduire comme d'habitude, chargeant en quelque sorte les personnes qui m'accompagnaient de sentir, de penser, de vivre pour moi... J'entrai dans la salle... Mon premier sentiment fut presque douloureux : toutes ces lumières m'éblouirent, cette atmosphère chaude et embaumée m'étouffa... Tout mon sang reflua vers mon coeur et je fus près de défaillir... Mais, en ce moment, je sentis un peu de fraîcheur, on venait de lever le rideau. Je me tournai instinctivement, cherchant de l'air à respirer... C'est alors que j'entendis une voix... oh !... qui vibra jusqu'au fond de mon coeur... Tout mon être tressaillit... Cette voix disait des vers mélodieux comme je n'aurais jamais cru que des lèvres humaines pussent en prononcer... Mon âme tout entière passa dans mes yeux et dans mes oreilles ... Je restai muette et immobile comme la statue de l'étonnement, je regardai, j'écoutai ... On jouait Roméo.

KEAN. – Et qui jouait Roméo ?

ANNA. – La soirée passa comme une seconde, je n'avais point respiré, je n'avais point parlé, je n'avais point applaudi... Je rentrai à l'hôtel de mon tuteur, toujours froide et silencieuse pour tous, mais déjà ranimée et vivante au coeur. Le surlendemain, on me conduisit au More de Venise... j'y vins avec tous mes souvenirs de Roméo... Oh ! mais, cette fois, ce n'était plus la même voix, ce n'était plus le même amour, ce n'était plus le même homme ; mais ce fut toujours le même ravissement... le même bonheur... la même extase... Cependant, je pouvais parler déjà, je pouvais dire : « C'est beau !... c'est grand !... c'est sublime ! »

KEAN. – Et qui jouait Othello ?

ANNA. – Le lendemain, ce fut moi qui demandai si nous n'irions point à Drury-Lane. C'était la première fois, depuis un an peut-être, que je manifestais un désir ; vous devinez facilement qu'il fut accompli. Je retournai dans ce palais de féeries et d'enchantements : j'allais y chercher la figure mélancolique et douce de Roméo... le front brûlant et basané de More... j'y trouvai la tête sombre et pâle d'Hamlet... Oh ! cette fois, toutes les sensations amassées depuis trois jours jaillirent à la fois de mon coeur trop plein pour les renfermer... mes mains battirent, ma bouche applaudit... mes larmes coulèrent.

KEAN. – Et qui jouait Hamlet, Anna ?

ANNA. – Roméo m'avait fait connaître l'amour, Othello la jalousie, Hamlet le désespoir ... Cette triple initiation compléta mon être ... Je languissais sans force, sans désir, sans espoir ; mon sein était vide, mon âme en avait déjà fui, ou n'y était pas encore descendue, l'âme de l'acteur passa dans ma poitrine : je compris que je commençais seulement de ce jour à respirer, à sentir, à vivre !


Alexandre Dumas, Kean, acte III, scène 12, 1836.

Textes 10 et 11



Et la mer et l’amour…


Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf, Recueil des vers, 1628
Je disais l’autre jour…
Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse
Sur le bord sablonneux d'un ruisseau dont le cours
Murmurant s'accordait au langoureux discours
Que je faisais assis proche de ma maîtresse.

L'occasion lui fit trouver une finesse :
« Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours,
Afin de t'assurer que j'aimerai toujours,
Ma main dessus cette eau t'en signe la promesse. »

Je crus tout aussitôt que ces divins serments,
Commençant mon bonheur, finiraient mes tourments,
Et qu'enfin je serais le plus heureux des hommes.

Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas ?
Étant dessus le sable elle écrivait sur l'onde,
Afin que ses serments ne l'obligeassent pas.


Pierre de Marbeuf, Recueil des vers, 1628


Textes 12 et 13



Assieds-toi sur le bord d’une ondante rivière…


    Assieds-toi sur le bord d’une ondante rivière :
    Tu la verras fluer d’un perpétuel cours,
    Et flots sur flots roulant en mille et mille tours
    Décharger par les prés son humide carrière.
     
    Mais tu ne verras rien de cette onde première
    Qui naguère coulait ; l’eau change tous les jours,
    Tous les jours elle passe, et la nommons toujours
    Même fleuve, et même eau, d’une même manière.
     
    Ainsi l’homme varie, et ne sera demain
    Telle comme aujourd’hui du pauvre corps humain
    La force que le temps abrévie et consomme :
     
    Le nom sans varier nous suit jusqu’au trépas,
    Et combien qu’aujourd’hui celui ne sois-je pas
    Qui vivais hier passé, toujours même on me nomme.
Jean-Baptiste Chassignet, Le Mépris de la vie et consolation contre la mort, 1594

L’Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Baudelaire, « Spleen et idéal », Les Fleurs du mal, 1857




Texte 18
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