Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans





télécharger 21.16 Kb.
titreThèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans
date de publication08.01.2017
taille21.16 Kb.
typeThèse
l.20-bal.com > documents > Thèse
Envoyé par Natacha.
Boileau écrit dans l’Art Poétique :

« C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur

Pense de l’art des vers atteindre la hauteur :

S’il ne sent point du ciel l’influence secrète,

Si son astre en naissant ne l’a formé poète,

Dans son génie étroit il est toujours captif :

Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif. »

Que pensez-vous de cette conception de la poésie ?

Danger 1 : partir de ce qu’on sait sur Boileau et sa conception générale de la poésie qui n’est pas forcément dans ces vers. Danger 2 : prendre le sujet comme un prétexte pour donner son propre savoir sur la poésie.

Met en valeur une des questions essentielles de la poésie : la question de l’inspiration.

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans Ion ou Phèdre, Socrate y affirme que la création ne procède pas d’un labeur mais d’une inspiration. Cette conception platonicienne est en vigueur à l’âge classique (XVIe-XVIIIe). Elle n’exclut pourtant pas une part de travail, d’implication personnelle. Ronsard, Du Bellay, Boileau célèbrent l’inspiration tout en soulignant la nécessité du travail, les contraintes formelles auxquelles doivent se plier les auteurs. Mais certains auteurs vont s’élever contre cette conception pour réhabiliter l’individu, le génie humain, au dépend de l’inspiration. La poésie procède d’un travail sur soi, sur ses sentiments (romantiques), sur son inconscient (Rimbaud, surréalistes), sur la forme (Valéry, Gautier).
I°/ La théorie de l’inspiration.

II°/ Les limites de cette théorie.

III°/ La poésie comme création des capacités humaines.
I. La théorie de l’inspiration.
A/ la conception classique.

Théorisée par Boileau dans ces quelques vers, il s’inspire des principes mis en place à la Renaissance eux-mêmes redevables des principes platoniciens. Marsile Ficin (XVIe) remet à l’honneur la théorie platonicienne de l’inspiration clairement exposée dans Ion et dans Phèdre. Le poète Pontus de Tyard consacre lui aussi à cette question un ouvrage philosophique intitulé Solitaire Premier où il s’inspire des propos de Socrate. A partir de là poètes et théoriciens s’accordent pour assigner une origine surnaturelle à la création poétique. Par exemple Sébillet dans son Art Poétique Français écrit « car le poète […] ne chante ses vers et carmes autrement qu’excité de la vigueur de son esprit et inspiré de quelque divine afflation. » Ronsard, pour qui la maîtrise poétique ne saurait s’acquérir par l’art ou par l’expérience, dans l’Abrégé de l’art poétique ou dans l’Ode à Michel de l’Hospital. C’est aussi la conception de Du Bartas dans Uranie « tout art s’apprend par art, la seule poésie / Est un pur don céleste[…] ». Ronsard dans Ode à la reine (ode 3) « Je suis troublé de fureur […] » : mise en scène de la dépossession du poète et de la venue de la divinité en lui. De même dans les Hymnes de l’éternité. Cf. aussi Vauquelin de la Fresnaye. La conception de Boileau est partagée par les poètes de l’âge classique. Voltaire suit exactement Boileau et l’orthodoxie classique (cf. l’article Encyclopédie dans le Dictionnaire des idées reçues).
B/ La conception romantique.

La notion d’inspiration se maintient chez les romantiques mais on assiste à une intériorisation de l’inspiration. La poésie c’est « l’apothéose du sentiment » (Mme de Staël). Il n’empêche que pour atteindre cet état poétique il faut « errer par la rêverie dans les négations éthérées[…]. » Le véritable poète est celui qui sera le plus sensible. Comme chez Boileau l’habileté technique passe au second plan. Cette intériorisation est aussi un dépassement de soi. Mme de Staël définit la poésie comme une relation subjective avec l’extérieur, avec Dieu. « Si l’on veut comprendre ce qu’elle est il faut appeler à son secours […] un sentiment religieux qui nous fait éprouver en nous-même la présence de la divinité. » (De l’Allemagne). Pour Lamartine l’enthousiasme est plus précisément une fusion avec la nature entière c’est-à-dire avec Dieu (Méditations poétiques) : « Mais nous, pour embraser les âmes / il faut brûler, il faut ravir / au ciel jaloux ses triples flammes […] nos cœurs, de la nature entière doivent concentrer les rayons. » On pourrait aussi citer Hugo qui évoque le mystère du mot, son origine et son pouvoir surnaturel : « Car le mot qu’on le sache est un être vivant, la main du songeur vibre et tremble en l’écrivant […] face de l’invisible, forgé de l’inconnu […] car le mot c’est le verbe et le verbe c’est Dieu. » (Contemplations VII).

Les rapports entre Poésie et surnaturel tient encore à s’exprimer à l’époque moderne.
C/ Les avatars modernes de l’inspiration.

La poésie comme inspiration chrétienne chez Péguy, l’écriture automatique des surréalistes qui est une mise à bas de la logique, de la raison humaine. L’homme doit se libérer de cette raison pour que la poésie puisse advenir, cf. Breton, Manifeste du Surréalisme : « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer soit verbalement soit par écrit […] le fonctionnement réel de la pensée. » Il s’agit donc d’une dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercée par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. Dans ces avatars modernes comme dans la conception classique la théorie de l’inspiration présente des limites que les théoriciens classiques mettent eux-mêmes en lumière.
II. Les limites de la théorie de l’inspiration.
A/ La nécessité du travail.

Nécessité du travail déjà prise ne compte par les théoriciens du XVIe siècle. Du Bellay est celui qui le rappelle le plus vigoureusement dans sa Défense et illustration de la langue française. Au sujet du poète « qu’on ne m’allègue point que les poètes naissent car cela s’entend de cette ardeur et allégresse d’esprit… » L’inspiration est insuffisante pour faire quelque chose digne d’immortalité. C’est par le travail, les veilles, les connaissances, que le poète peut accéder à la postérité et non pas par l’attente passive d’un don céleste. Du Bellay insiste plus sur le travail du poète que sur le don de poésie. La poésie est un métier et une maîtrise technique. Vauquelin de la Fresnaye exprimera cette alliance du don et de l’art dans son Art Poétique : « Quant à moi je ne vois que l’art ou le savoir sans veine naturelle, est beaucoup de pouvoir : / ni que sans la science une veine abondante / soit pour bien faire un vers assez forte et puissante / […] / que si nature et l’art ne sont tous deux ensemble / un vers ne se fait point bien parfait ce me semble. » : c’est autant le don divin et l’art qui caractérise le poète. C’est aussi la conception de Boileau qui ailleurs dans son ouvrage insiste sur le travail : « Hâtez-vous lentement et sans perdre courage / vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage / Polissez-le sans cesse et le repolissez ; / Ajoutez quelques fois et souvent effacez. »
B/ Le métier rhétorique.

C’est ce qu’affirme Boileau, lui qui dresse une liste de préceptes formels indispensables à la fabrication d’un beau vers. Il invite le poète à un travail précis sur la langue et sur le rythme. L’inspiration doit être canalisée par les règles. « Enfin Malherbes vint […] et réduisit la Muse aux règles du devoir. » Le poids de la rhétorique annexe l’inspiration et en limite la portée, les effets. C’est aussi ce qu’affirme Ronsard dans la préface de la Franciade ou encore dans l’Abrégé de l’Art poétique français, où il dit que « l’invention vient tant de la bonne nature que de la leçon des bons et anciens auteurs. »
C/ L’imitation.

C’est une donnée essentielle de la littérature de l’âge classique. Toute création doit passer par l’imitation des Anciens, une réécriture, une innutrition ; principe qui limite l’inspiration puisqu’il exige une connaissance parfaite des anciens et une sélection : « La poésie ne se peut faire sans doctrine ni érudition. » (Du Bellay). Dès l’âge classique la théorie de l’inspiration doit composer avec la rhétorique, l’imitation des anciens. La création repose sur un équilibre instable entre travail et inspiration. Certains poètes brisent cet équilibre au profit du travail ou de l’inspiration.
III. La réhabilitation de l’homme, du génie humain.
A/ Le travail sur soi.

Mise en avant de la subjectivité du poète :

  • Les romantiques : la notion d’inspiration est subordonnée à l’approfondissement du sentiment, de soi, de l’expression du Moi. Cf. Musset : l’inspiration se confond avec la souffrance et l’amour. « Ha ! frappes-toi le cœur, c’est là qu’est le génie » (Les Nuits), « Sachez-le, - c’est le cœur qui parle et qui soupire / Lorsque la main écrit, - c’est le corps qui se fond ; / C’est le cœur qui s’étend, se découvre et respire […] » (Namouna).

  • Rimbaud : ce n’est pas l’inconnu, l’invisible qui s’offre au poète, c’est le poète qui se met en quête de l’inconnu par un travail sur soi, par un dérèglement des sens. Le poète n’est pas voyant, il se fait voyant (cf. Lettre du voyant).



B/ Le travail sur la forme.

  • Le Parnasse (XIXe) : la poésie atteint le Beau par le seul travail de la forme. Cf. Théophile Gautier : « Le poète […] doit réaliser le beau […] par la combinaison complexe, savante, harmonique, des lignes, des couleurs et des sons. » Loin de se laisser envahir par l’inspiration le poète doit « exercer une domination absolue et constante sur l’expression des idées et des sentiments, ne rien laisser au hasard et se posséder soi-même dans la mesure de ses forces. » La meilleure expression de cette théorie de Gautier se trouve dans l’Art.

  • Valéry est un adepte du travail formel contre l’inspiration. Il est partisan après Boileau d’une réglementation très stricte. Dans le flou immédiat des idées le poète doit choisir, canaliser cet afflux d’images, de rythmes. Seules les règles peuvent permettre ce filtrage des idées. Ce sont ces règles, ces contraintes qui permettent de faire jaillir l’originalité du poème, de vaincre le banal. Les règles sont créatrices de beauté, de nouveauté. « L’idée vague, l’intention, l’impulsion imagée […] se brisant sur les formes régulières […] de la prosodie conventionnelle, engendrent de nouvelles choses et des figures inconnues. » La poésie est un exercice, le poète un ouvrier génial. Propos sur la poésie, Variétés : « les poèmes sont des chefs-d’œuvre de labeur, des monuments d’intelligence et de travail soutenu, des produits de la volonté et de l’analyse. » La conception valérienne de la poésie repose sur une philosophie de l’homme, elle exalte l’esprit humain, nous sommes à l’opposé de la citation de Boileau.


Conclusion :

Nécessité d’un certain équilibre que finalement Valéry lui-même préconise lorsqu’il affirme que le premier vers est un don, les suivants un travail.




similaire:

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconLe présent article, en dépit d'un titre qui peut sembler quelque...
«pensum», de «leçon» : de sorte que, par un renversement typiquement beckettien (mais que n'aurait peut-être pas désavoué Nietzsche),...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconCulture antique : Cours n°3 Les dieux chez Homère
«A vrai dire, IL n’y eut jamais poème moins religieux que l’Iliade»…  Mais est-ce pour autant que les Dieux ne sont pas importants...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconHéritage du latin : approche de la poésie latine- dominantes Stylistique -etymologie
«L'âge d'or», un temps où n'existaient ni la faim, ni le travail ni les peines, était aussi une époque où certains dieux vivaient...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconPréface
«fuite» est employé. On parle donc d’un phénomène que l’on ne peut pas contrôler et inévitable, le ruisseau est perpétuel, ce n’est...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconLe travail de Marx et Engels le plus global mené sur les sociétés...
«préhistorique» en Angleterre. Mon travail ne peut suppléer que faiblement à ce qu'il n'a pas été donné à mon ami disparu d'accomplir....

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconCorpus : conception du poète et de la poésie

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconCours à l’étymologie; «poésie»
«poésie» vient du mot «poiêsis» qui en Grec antique signifiait tout type de création, manuelle ou intellectuelle, bien qu’Aristote...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconFiche de synthèse : la poésie
«poème» et le genre littéraire qu’on désigne par le mot «poésie». Les poèmes sont le plus souvent réunis en recueils dans lesquels...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconUn atelier animé par Patrick joole
«naturel». Et la lecture à travers les manuels ne permet pas d’atteindre ces compétences. Ne privons pas les élèves d’une expérience...

Thèse = le poète réduit à ses capacités humaines ne peut réellement atteindre la Poésie s’il n’est pas élu par les Dieux. Conception que l’on retrouve dans iconObjectif général : Identifier et commenter les caractéristiques du texte poétique
«Heureux» quelles ruptures par rapport aux normes traditionnelles d’écriture. Les retrouve-t-on dans tous les autres textes (on peut...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com