Les illusions perdues de Mia, ado sauvage rétive au dressage





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Les illusions perdues de Mia, ado sauvage rétive au dressage

Jean-Luc Douin – Le Monde – 15/09/09
"En quel animal aimeriez-vous être réincarné ?" Mia, brune ado rebelle de 15 ans, refuse de se laisser enfermer comme un poisson dans un aquarium (c'est le sens du titre) et s'insurge contre la privation de liberté imposée à un vieux cheval blanc enchaîné dans un campement de gitans. Cette enfant sans laisse, véritable chat sauvage, se voit lancer à ses mollets un chien méchant, tandis qu'un hamster se morfond dans sa cage. Voilà qui résume la manière dont l'héroïne de Fish Tank voit son destin : résister au harcèlement, au dressage, à la domestication.

Elle vit dans une cité de l'Essex, une HLM où les garçons qui l'importunent risquent le coup de boule. Abhorre l'école, ses copines, sa mère immature et sa jeune soeur avec laquelle elle pratique un sport essentiellement verbal : l'insulte. Nerfs à fleur de peau, menacée de placement dans un centre surveillé, Mia se réfugie en cachette dans un appartement inhabité de l'immeuble pour pousser sa sono à plein régime et se perfectionner dans la danse hip-hop et préparer une audition : son espoir réside dans ce qu'elle croit sa vocation, le moyen de s'en sortir, gagner sa vie en chantant, en se déhanchant, en exprimant artistiquement sa rage. Elle n'envisage l'avenir que par deux types d'évasion : par la musique et par la cavale, la fuite buissonnière, la désertion un jour ou l'autre de ce quartier lugubre.

Andrea Arnold, la réalisatrice, confirme dans ce deuxième film des obsessions exprimées dans le premier, Red Road : faubourgs de villes ouvrières en proie à la vidéosurveillance ou nécessitant des agents de sécurité, attirance pour des hommes au curriculum vitae pas très net. Portée sur la bagatelle, la mère de Mia s'est trouvé un nouvel amant plus jeune qu'elle, un type de 35 ans qui se comporte avec la gamine comme un père de substitution.

Machiavélisme des adultes

Clin d'oeil à Jean Renoir : le mâle propose une partie de campagne au trio féminin, au cours de laquelle s'ébauche une complicité avec Mia. Symbole sexuel explicite : en trempant les pieds dans la rivière, il attrape avec elle une perche, à mains nues. Jusqu'alors nimbé d'un réalisme social à la Ken Loach, le film bascule dans la peinture d'un abus de confiance, d'un trouble moral, d'un dérapage incestueux.

Cet homme inspire confiance. Trop. Flattée, encouragée dans son rêve musical, Mia se met à croire en lui, ses caresses, ses promesses. Avant d'ouvrir les yeux sur les machiavélismes adultes, l'exploitation des corps, les pièges tendus aux jeunes filles auxquelles on propose de chanter dans un night-club... à condition d'être quasi nues. Et sur sa découverte d'avoir été abusée par le séducteur. On n'en dira pas plus sur l'impulsion folle par laquelle elle se révolte ni sur son examen de conscience.

Sec, sans concession, le film s'offre un crescendo émotionnel, avec, entre autres, une magnifique scène de réconciliation entre mère et fille, pas de danse et sourires en harmonie sur fond techno. Inconnue de 17 ans, Katie Jarvis, la jeune non professionnelle qui incarne Mia, fut légitimement citée lors du dernier Festival de Cannes parmi les candidates au Prix d'interprétation féminine.

Ou comment une ado britannique tente d’échapper à la cité grâce au breakdance.

Libération – Eric Loret – 16/09/09
Il y a très, très longtemps, vers 1925, une poignée de dangereux gauchistes se réjouissait que le cinéma puisse nous donner à voir ce que nos yeux tout bêtes nous refusent : le point de vue d’un autre, les gestes et la pensée d’un corps extérieur au nôtre, captés à travers son regard - plutôt que rien du tout, ou des cartes postales au kilo, privées d’intimité.

Par exemple, messieurs, grâce au cinéma, vous pourriez devenir une jeune fille de 15 ans et savoir ce que ça fait de se faire ôter son jogging et ses pompes par son beau-père, dans la moiteur d’une nuit endormie, mais un œil entrouvert quand même, retenant sa respiration. C’est le miracle qui arrive ici, dans un film dont on se méfie d’abord, eu égard à la caméra à l’épaule, tic du genre social anglais (Loach, Mike Leigh…) qui protège habituellement son lumpen-prolétariat de toute révolution par une esthétique moins socialiste que libéral qui s’acharne, par son naturalisme bigger than life, à justifier la place des pauvres dans la société plutôt qu’à la bousculer : regardez comme ils sont beaux, nos déshérités, c’est une spécialité locale, élevés et inséminés dans les bas-fonds de notre système économique.

Aquarium. Il y a un brin de ça au début, mais en version hip-hop, avec jalousie dansante entre taspés et coups de boule sur terrain vague, un appartement plein d’alcool où se prélasse une milf (Mother I’d Like to Fuck), celle de Mia, l’héroïne. Théoriquement, Mia devrait changer sa vie grâce à sa passion de la danse, et nous serions bien édifiés. Raté. Débarque à la place Connor, le nouvel amant de sa mère, que Mia croit d’abord détester. S’en suit une modification sensuelle du tissu visuel de Fish Tank, d’abord perceptible dans l’apparition d’une silhouette androgyne coiffée d’oreilles de Mickey, et qui danse dans l’ombre d’un souterrain. Premier beau fantôme de la liberté, qui sera suivi par d’autres. Car si tout finit bien (et ils auront beaucoup d’enfants), le chemin qui mène à cette conclusion sans surprise n’en est pas en revanche dépourvu. Fish Tank est un film où l’on fouille beaucoup (portefeuilles, poches, lieux) sans rien trouver mais où l’on gagne énormément à se laisser porter. C’est ce que fait Mia, dans les bras de Connor, ou dans l’eau avec le même, deux séquences charnelles où le spectateur s’incorpore à la jeune fille, ressent son désir et triomphe avec elle de l’ineptie du quotidien. Fish Tank est plein de ces petites torpeurs jouissantes où l’on croit mourir de poésie, comme si l’instant s’ouvrait à une éternité radieuse : à peu près sans doute ce qu’on ressent quand on sait danser.

Déniaisage. Les lendemains qui chantent n’étant cependant pas pour demain, Fish Tank est aussi une saine épopée de la désespérance, en ce qu’il faut boire toute l’eau de son aquarium pour enfin s’en échapper. C’est un peu le troisième temps du film, qui fait la peau au prince charmant (le magnétique Michael Fassbender) et refuse du même coup l’ébauche d’évolution sociale proposée à l’héroïne. Non par fierté et populisme à la mode, mais à cause de l’abolition rageuse des classes. Connor appartient en effet à la classe moyenne éduquée, et il fait découvrir à Mia les joies du dimanche à la campagne, de Bobby Womack et du caméscope. Tout ceci ne produira hélas que de la «bouse», pour parler comme les personnages (rattrapage en slang assuré).

La dramatisation venant d’une énergie interne et non d’un chapelet de clichés qu’il faudrait égrener, le déniaisage de Mia sera de toute beauté et inventivité, se faisant plus liquide et à divers titres (non, on ne peut rien révéler) au fur et à mesure qu’on avance. A la fin, on verra que les pires ennemis des filles ne sont pas les hommes veules mais, moralité post-féministe, les petites princesses enjôlées.


«Débarrassée du regard des autres»

Rencontre avec Katie Jarvis, premier rôle de «Fish Tank», embauchée sur un quai de gare.

Libération – Cécile Daumas – 16/09/09
On l’a sortie brutalement de son bocal et son existence en a été bouleversée. Il y a un an, Katie Jarvis, qui interprète Mia, l’ado révoltée de Fish Tank, était encore une Essex girl - jeune Anglaise vivant dans cette région délaissée à l’est de Londres -, aimant s’acheter des fringues et sortir avec ses copines, fréquentant la piscine à défaut de se construire un avenir et s’engueulant avec son petit copain sur le quai de la gare de Tilbury Town. C’est là d’ailleurs, en pleine altercation de couple, qu’elle s’est fait remarquer.

«Réputation». La réalisatrice, Andrea Arnold, qui avait déjà bien entamé un long travail de casting, cherchait une fille pas formatée par les cours d’art dramatique ni les rêves de star : «Katie a un caractère entier et déborde d’énergie tout en conservant une part d’innocence et de fragilité», explique-t-elle. Ce fut donc Katie, fille sans rôle derrière elle ni penchant pour la danse alors que Mia, son personnage, s’oublie dans les boucles du hip-hop. «Quand ils m’ont abordée à la gare pour me proposer de passer un casting, je n’ai pas voulu les croire, raconte-t-elle. J’ai carrément refusé de leur donner mon numéro de portable.»

Dans les salons feutrés d’un palace parisien, on a du mal à retrouver cette ado au tempérament bien frappé, encore plus la Mia carrée et butée du film. Katie Jarvis semble bien plus frêle et douce, policée. Deux tables plus loin, son agent, venu de Londres, veille aux interviews données à la chaîne. Les journalistes défilent et Katie Jarvis observe ce manège autour d’elle avec une timide perplexité. Ses cheveux mi-longs, lissés à la perfection, laissent deviner deux boucles d’oreille discrètement diamantées. Sur la banquette, un sac à main verni noir, assorti d’un porte-clés en forme de couronne britannique aussi clinquant que doré. «Chaussures, vêtements, bijoux, j’ai craqué tout le cachet du film, dit-elle. J’avais 17 ans, c’était la première fois de ma vie que j’avais de l’argent.» Elle répond consciencieusement aux questions, trop impressionnée pour laisser parler sa vraie nature, trop soucieuse de ne pas se laisser enfermer dans son personnage de fiction. Les médias aimeraient faire d’elle une Mia bis, ado entière et révoltée, paumée et abandonnée à la misère sociale d’une mère incapable de l’élever. Elle dément : «Le seul lien que je vois avec mon personnage, c’est que j’ai passé toute ma vie dans l’Essex. Nous venons de cette région proche de Londres, à la mauvaise réputation, où la vie est dure et où les adolescents sont souvent à problèmes. J’ai vu à l’école des filles qui ressemblaient à Mia, mais j’ai vécu différemment.» Pas de cité ou d’HLM, elle habite une maison où chaque enfant possède sa chambre. A 16 ans, elle abandonne l’école pour entreprendre une formation d’esthéticienne. Son père, peintre-décorateur, sa mère, femme au foyer, se sont séparés quand elle en avait 12.

«Tension». La stigmatisation des ados de l’Essex et des autres banlieues anglaises la met hors d’elle : «Certains commettent des vols, c’est vrai, d’autres enfreignent la loi. Mais tous ne sont pas comme ça. J’en suis la preuve.» Andrea Arnold lui a fait confiance alors qu’elle n’avait aucune expérience et que le film la met en face d’un comédien aguerri comme Michael Fassbender (Hunger, Inglourious Basterds…) : «J’étais très réservée à l’école. Pendant les ateliers théâtre, j’avais peur de monter sur scène. Je ne participais à aucune pièce. J’avais si peu confiance en moi.» Pour les scènes de danse, il lui a fallu prendre des cours intensifs de breakdance pendant un mois. Le film a été réalisé en six semaines durant l’été 2008. Katie Jarvis a grandi d’un coup : «Le tournage a été difficile, explique Andrea Arnold, il fallait que je lui explique tout. Je la suivais pas à pas, la dirigeais au détail près. C’était épuisant. Mais au cours du film, elle a profondément changé. Pas seulement son personnage, elle aussi.» Katie Jarvis sait aujourd’hui qu’elle veut devenir actrice - elle admire Keira Knightley et Johnny Depp - et a déjà reçu de nombreux scénarios. «Avec Fish Tank, je me suis débarrassée du regard des autres. Je suis sortie de moi-même.»

Pour la promotion du film, elle reste vingt-quatre heures à Paris, puis direction Los Angeles et Toronto. «Ce film a totalement transformé ma vie privée et mes perspectives professionnelles. Aujourd’hui, je vis exactement le contraire de ce qui m’attendait… En mieux !» De sa vie d’avant, elle a pourtant gardé un lien indéfectible, son petit copain, celui du quai de la gare : «J’ai rencontré Brian quand j’avais 13 ans. Nous vivons ensemble depuis plus de deux ans et demi.» En mai, au lieu de monter les marches de Cannes, elle était en Angleterre, à la maternité pour donner naissance à une petite fille. En juin, au festival d’Edimbourg où elle a été distinguée du prix de la meilleure performance, elle fêtait tout juste ses 18 ans. «Ma fille, c’est du travail et de la tension mais aussi beaucoup de plaisir. Je ressens la même chose pour le métier d’actrice.»

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