…Bruxelles… Rabat, chapitre 1 Fès, chapitre 1





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  • Fès, 2.



    Il oublie facilement. C’est une force. Une faiblesse aussi puisqu’il voudrait écrire. L’écriture est mémoire de vies à peine croisées qui deviennent au rythme du clavier. L’écriture suinte des pores ouverts de la mémoire, mais lui se ferme à la sanguinolence des sécrétions, aux bouches qui coulent et aux yeux humides. Pour assécher la bave du petit, gluante comme son besoin de caresses, il a souvent eu recours à des mots glacés. C’était plus fort que lui, il voulait prévenir les épanchements d’Agnès. Agnès aime l’eau et la vie dans les digues ouvertes du dire, et l’énoncé du “je” auquel il préfère les territoires de l’impersonnel. Il se méfie même d’une deuxième personne qui, interpellée trop directement, le renverrait à l’indiscrétion du “je”. Sa langue gomme les confidences en éludant l’altérité des présences. À force de le presser pour qu’il exhibe son être, Agnès a tari la source des mots où ils auraient pu se rencontrer.
    Il aime cette ville justement parce qu’elle a enfoui son passé dans le secret de sa dignité présente. Il l’aime un peu comme on aime ses découvertes, ou ses conquêtes cérébrales. Amour de Narcisse. Cette ville lui ressemble. Élégance de la distance, d’une ironie qui refuse la franche ouverture d’un rire. Réserve de l’ocre qui vire au brun, du gris coquille d’oeuf qui ne renvoie sa lumière que parcimonieusement.
    Fès n’a pas l’humidité femelle. "Ville pudique", commente le guide. Pas comme ces villes qui coulent vers la mer, s’humectent à tous les embruns, transpirent leur blancheur au soleil. Comme Fès, il sait vivre dans sa muraille et rester au sec. C’est sa fierté. Agnès n’a pas su. Agnès est repartie vers les criques où les amants s'allanguissent dans la moiteur des confidences.
    Des experts de tout poil réclament Fès au menu de leur visite, Simon râle de l’ordre reçu de sacrifier encore un week-end, mais son orgueil est flatté, comme si la ville était sienne, comme s’il en était le prince. Le prestige de sa fonction lui plaît. Il le cache bien. Mais tous les signes de reconnaissance sont les bienvenus pour colmater la brèche.
    Malika serait aussi un bon remède. Si au moins elle arrivait au rendez-vous. Mais voilà, elle ne vient pas et il se reproche d’avoir trop vite cru la facilité retrouvée.
    Il aurait dû s’y attendre : elle a compris que la séduction est dans le retrait et va jouer de ses interdits pour l’accrocher plus sûrement. Facile de se retirer dans le luxe et la tendresse de sa famille, ou mieux encore, dans son université à l’américaine. Rien à voir avec ce qu’il a enduré dans ses études. À Ifrane, les camarades sont des amis, pas des concurrents à battre au poteau. Tous élus, ils réussiront tous.
    Elle deviendra facilement la commerciale de haut niveau dont le pays a besoin. Après les jeans, c’est dans un tailleur juste assez osé pour faire rêver les mains des hommes qu’elle arborera son ravissant petit cul. Certes, elle en réservera la propriété à son mari.
    Elle feindra d’ailleurs si bien la virginité qu’elle finira par oublier celui à qui elle l’offrit, et les audaces qu’avec lui elle se permit. Il l’a déçue, il le sait puisqu’au fond, c’est ce qu’il cherchait. Elle espérait la caresse des mots, les trésors de la langue de l’amour et il l’a baisée comme n’importe quelle pute, froissant sa dignité, éparpillant le rêve francophone qu’elle a construit à la mission, dans les premiers émois que suscita son professeur de français. Elle lui en a parlé, comme en reproche. Une femme : la quarantaine vibrante, la délicatesse et la finesse qu’elle croyait retrouver chez lui, inscrite dans la nationalité. Il lui a appris que les hommes, des deux côtés de la Méditerranée, ont le même sexe, vengeur et humiliant.
    Il ne lui dira pas son retour piteux. La maigre consolation du chien qui l’attendait pour lui rappeler qu’Agnès a pris les enfants et laissé les animaux. Et le lit froid, dans lequel il s’est jeté pour avaler avec gloutonnerie quelques pages d’un roman. Il ne lui dira certainement pas le rêve qui s’est formé d’une tendresse à partager, la jalousie qui l’a titillé et finalement ce désir plus fort que jamais de se venger dans la possession brutale des gamines qui nient leurs appétits et rêvent au charme des princes, lovées dans les bras de leurs amies.
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