Cours de Sabine lardon, octobre 1996-février 1997





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II - LE THÉÂTRE DE CORNEILLE COMME REFLET DE SON TEMPS
Le théâtre de Corneille va refléter notamment la lutte des grands contre la royauté. Le Cid défend le duel à une époque où il est interdit, ainsi que le sens de l’honneur. La tragédie de Nicomède (1651) montre Nicomède injustement persécuté à une date où le prince de Condé, son frère le prince de Conti et son beau-frère le duc de Longueville, sont emprisonnés par Mazarin, alors que la royauté leur doit plusieurs victoires (comme Prusias à Nicomède). Dans Cinna, il y a un débat entre Auguste et ses conseillers sur la liberté politique et le gouvernement absolu, au moment où Rome évolue de l’un à l’autre. Ceci reflète l’évolution politique de la monarchie française, qui va devenir absolue et triompher avec Louis XIV.


LA POÉSIE AU XVII° SIÈCLE


I - INTRODUCTION
La poésie est plutôt réservée à la première partie du siècle, avec le courant précieux, le courant burlesque et libertin, et enfin avec un poète qui a eu une influence déterminante sur le siècle, Malherbe. Deux définitions préalables :
Le burlesque. Ce mot vient de l’italien burla, « plaisanterie ». Il désigne un comique extravagant et déroutant. En histoire littéraire, ce mot désigne une parodie de l’épopée, et va avec l’héroï-comique (dans le burlesque, on raconte de hauts faits, mais avec des personnages bas ; dans l’héroï-comique, c’est l’inverse : on a des personnages nobles, mais des faits vils).
Le grotesque. Ce mot vient de l’italien grotta, « grotte ». C’est le nom qu’on donne aux ornements bizarres que l’on trouve sur les ruines des monuments antiques italiens, appelés grottes (XV°-XVI° siècles). Par extension, ce nom désigne tout élément comique de nature fantasque, bizarre et caricatural.

II - MALHERBE ET SES DISCIPLES
1) Le maître.
a) Sa vie.

Malherbe (1556-1628) est un auteur à cheval sur le XVI° et le XVII° siècle. Il a d’abord étudié le droit. De 1576 à 1605, il est attaché au service du duc d’Angoulême (c’est donc un poète de cours), et il vit à Aix, jusqu’à l’âge de 50 ans.

En 1586, son protecteur meurt. Malherbe va avoir du mal à en trouver un autre; il va essayer avec Henri III en 1587, puis avec Marie de Médicis et Henri IV en 1601. Mais ce n’est qu’en 1605 que Henri IV va enfin lui accorder une audience et lui commander un poème (La Prière pour le roi allant en Limousin), qui lui vaudra le titre de poète officiel de la cour. (il est donc pensionné par le roi).

De 1605 jusqu’à sa mort, en 1628, Malherbe sera le poète officiel de la cour de France, sous les règnes successifs de Henri IV, Marie de Médicis et Louis XIII.

Malherbe est quelqu’un de froid, d’intransigeant, de conformiste et d’orgueilleux.
b) Son œuvre.

Elle est importante pour le XVII° siècle, dans la mesure où elle marque la transition entre le baroque et le classicisme.

Son œuvre de jeunesse est d’inspiration baroque. Ex : Les Larmes de Saint-Pierre.

Par la suite, il a condamné cette œuvre comme étant une erreur de jeunesse. Deux thèmes principaux se retrouvent dans son œuvre : le thème solaire et le thème floral.

c) Sa doctrine.

Elle est importante, car elle a marqué la poésie. Il refuse le lyrisme personnel (l’effusion de sentiments) et l’inspiration (au contraire des auteurs du pétrarquisme et de la Pléiade). Pour lui, seule la technique compte ; un poète est avant tout un bon ouvrier, un « arrangeur de syllabes ». De même, cet ouvrier travaille sur des œuvres de circonstance, voire de commande, qui sont donc des œuvres sur des thèmes impersonnels (il se rapproche par là des Grands Rhétoriqueurs).

Du point de vue du style, Malherbe privilégie une langue pauvre et simple, un vocabulaire réduit et épuré (le contraire de la Pléiade). Tout abus de figures de style est proscrit (il s’oppose à l’accumulation du maniérisme).

Du point de vue de la versification, il bannit les licences autorisées par la Pléiade (hiatus et enjambements). Selon lui, la rime doit être à la fois « pour l’œil » et « pour l’oreille ». Il exige la coupe à l’hémistiche (ex : un octosyllabe se coupe en deux hémistiches de 4 syllabes), un agencement strict des strophes (ex : des dizains d’octosyllabes ou des sizains d’alexandrins).

Il réprouve les alliances de sons fâcheuses, désagréables ; les séries de monosyllabes ; et les mots qui ne sont là que pour remplir les vers, sans rien apporter au point de vue du sens.

C’est un poète conscient de la gloire que procure sa fonction, et il déclare : « Ce que Malherbe fait, dure éternellement ».
d) Son influence.

On l’a accusé d’avoir asservi le poète à un double niveau : du point de vue de la condition en en faisant un courtisan, et du point de vue également des règles en soumettant la poésie à la raison et à la logique.

Son influence a été déterminante jusqu’au XIX° siècle encore. Il a eu plusieurs disciples.
2) Les disciples.
Malherbe a eu deux disciples principalement : Mainard et Racan.
a) Mainard (1582-1642).

Il rencontre Malherbe en 1606 à Paris. Il va fréquenter Malherbe, mais également le milieu des poètes libertins, et donc les cabarets. Il a été président du présidial d’Aurillac. Son œuvre se ressent de sa double fréquentation Malherbe/ libertins ; elle mélange plusieurs tons et styles : réaliste ou élégiaque, mystique ou paillard et impie, burlesque ou précieux. Ce qui en fait un disciple de Malherbe, c’est la perfection formelle de son écriture ; par contre, ses sujets sont beaucoup plus diversifiés que chez Malherbe.
b) Racan (1589-1670).

Il se caractérise par son amour de la nature et du calme de la vie rurale. On peut le voir dans ses Stances sur la retraite (1618) et dans Les Bergeries (c’est une pastorale, c’est-à-dire une pièce de théâtre inspirée par la vie de la campagne).

II - LES POÈTES SATIRIQUES ET BURLESQUES
1) Mathurin Régnier (1573-1613).
Il s’oppose totalement à Malherbe par son tempérament et par son œuvre.

En 1605, il s’installe à Paris où il fréquente le Cabaret de la Pomme de Pin, où il rencontre d’autres poètes satiriques.

Il va écrire essentiellement des satires sur le modèle de l’italien Berni (c’est ce qu’on appelle l’inspiration bernesque, une satire qui hésite entre la caricature minutieuse ou énorme). Il s’inspire également des satiriques latins (Horace et Juvénal) et du naturalisme de Rabelais et de Montaigne.
2) Tristan l’Hermite (1601-1655).
Il a été poète au service de Gaston d’Orléans, puis du duc de Guise. Dès 1627, il publie des poésies, puis une tragédie, Marianne (qui a eu, à l’époque, autant de succès que le Cid). Il publie aussi une autobiographie romancée de son adolescence, Le Page disgracié.

Il ne se rattache à aucune école, mais il a produit une œuvre à la fois élégiaque, précieuse ou burlesque. Souvent, il a une prédilection pour la poésie descriptive.

III - LES POÈTES LIBERTINS
Le groupe des poètes libertins s’est constitué vers 1620-1622. Il comprend essentiellement Théophile de Viau, Boisrobert et Saint-Amant. Ces deux derniers rallieront le parti dévot. Ils reviendront à un catholicisme déclaré, non pas par conviction, mais par souci de leur tranquillité après la condamnation de Théophile de Viau.

Protestants convertis au catholicisme à la base, ils ont affiché une distance critique vis-à-vis de la religion, et, devant les poursuites dont faisaient l’objet les libertins, sont revenus à une conduite plus prudente.

Anticonformistes et libres de mœurs, ils fréquentaient les cabarets où ils se regroupaient, et appréciaient les plaisirs de la vie (épicuriens bons vivants, « pourceaux d’Épicure »).
1) Théophile de Viau (1590-1626).

Fils d’un avocat huguenot (=protestant), il reçoit donc une solide formation protestante. Mais il va très vite évoluer vers la libre pensée, et il va se proclamer disciple d’Épicure, c’est-à-dire que selon lui, l’homme doit vivre « selon le libre train que nature prescrit ». Il va devenir le plus hardi et le plus représentatif des poètes libertins, ce qui lui vaut des poursuites.

En 1619, il est frappé de bannissement, mais il va être gracié grâce à l’intervention de Luynes (le favori et le ministre de Louis XIII).

En 1621, la publication du premier recueil de ses œuvres le rend célèbre (ton élégiaque, lyrique, et au style un peu maniériste).

En 1623, il est à nouveau poursuivi pour impiété, et jugé par contumace (jugement d’un condamné qui ne se présente pas devant sa juridiction) à être brûlé vif.

En 1625, il est arrêté, mais le Parlement ne le condamne qu’au bannissement. Il mourra en 1626 de maladie.
2) Saint-Amant.

C’est un poète très original. D’abord, par sa vie aventureuse. Fils de marin, marin lui-même, puis soldat, il a beaucoup voyagé (en Amérique, au Sénégal, aux Açores, et peut-être même aux Indes). Ses poésies reflètent ces voyages.

En 1617, il suit le duc de Retz à Belle-Île, dont le paysage lui inspire le poème « La Solitude ». Il participe à de nombreuses campagnes militaires, dont l’expédition du comte d’Harcourt, qui va reprendre les îles de Lérins aux Espagnols (cela lui inspire « Le Paysage de Gibraltar »).

Il va s’acquitter de missions diplomatiques en Espagne, en Angleterre et à Rome.

Marie de Gonzague devient reine de Pologne, et le nomme gentilhomme de sa chambre en 1645. Il est invité à se rendre en Pologne, mais il ne le fait qu’en 1650, et il se nomme lui-même Saint-Amansky ! À son retour, il passe par la Suède, où il passe un hiver à la cour de Christine de Suède.

Libertin de mœurs plus que d’esprit, il se nomme lui-même le « bon gros Saint-Amant ». Grand buveur, fumeur et mangeur, fin gastronome, il écrit sur le fromage, sur le melon, et montre qu’il est sensible à la vue, à l’odeur des mets (poète sensuel, donc). C’est un poète d’inspiration bachique. Un de ses poèmes s’intitule « les Goinfres » !

C’est un poète qui n’a pas été formé par les études classiques, mais par les voyages et par la vie. Il a plusieurs facettes :

— nombreuses descriptions exotiques, de paysages, il est très sensible aux paysages tourmentés (romantique avant l’heure).

— parfois, description de paysages idylliques.

— inspiration grotesque, burlesque, bachique, épicurienne et sensuelle.

— diversité du style : allusions mythologiques, parfois un peu froides ; style précieux et maniériste ; style vigoureux, dynamique et coloré par des expressions d’un registre de langue parfois assez cru.

CONCLUSION
Il ne faut pas confondre burlesque et héroï-comique, qui sont tous deux des facettes de l’épopée ; le burlesque présente des faits élevés, mais des personnages bas (parodie due au décalage), l’héroï-comique présente des faits vils, mais des personnage nobles.
Dans la deuxième partie du siècle, les œuvres célèbres ne sont pas poétiques ; on va privilégier le théâtre.

La poésie va évoluer vers d’autres formes, comme une œuvre poétique d’un genre particulier, Les Fables, de La Fontaine...

LA PRÉCIOSITÉ


I - INTRODUCTION
On appelle précieuses les femmes du monde qui tiennent à s’élever au-dessus du vulgaire par la dignité des mœurs, l’élégance de la tenue et la pureté du langage.

Au départ, le terme n’a pas d’équivalent masculin, car ce sont les femmes qui tiennent salon et qui organisent le mouvement.

II - LE DÉVELOPPEMENT DE L’ESPRIT PRÉCIEUX
1) les sources.
La préciosité, au XVII° siècle, est un phénomène européen, qui se retrouve en Angleterre avec l’euphuisme de John Lily (auteur d’un livre appelé Euphues, en 1579-1581). Ce courant allie le maniérisme de la forme à l’ingéniosité et l’érudition de la pensée.

En Italie, on a le marinisme (du chevalier Marin, auteur de Adone, publié en 1623). Ce courant privilégie la forme maniériste aux dépens de la pensée.

En Espagne, on a le gongorisme (=cultisme) de Gongora. On a une obscurité volontaire du style par sa densité et sa subtilité. On allie la subtilité du style et la pensée, ce qui donne le conceptisme.

En France, la préciosité va donc subir l’influence de ces différents courants précieux européens, mais également celle de courants littéraires français antérieurs (la courtoisie, le pétrarquisme, le baroque et le maniérisme).
2) Le milieu des salons.
La préciosité est un mode de vie et de pensée qui se développe dans un milieu précis, celui des salons tenus par les femmes de la noblesse. Certains sont restés célèbres en raison de la personnalité de celle qui les animait, ou de ceux qui les fréquentaient. On retiendra en particulier deux salons :

— Celui de Rambouillet, tenu par Catherine de Vivonne, surnommée « l’incomparable Arthémis », et par ses deux filles Julie et Angélique d’Angennes. Ce salon attire de grands écrivains, qui se livrent à des jeux de société et à des activités littéraires.

— Celui de Mlle de Scudéry, qui publie chaque année un tome de ses romans-fleuves : Le Grand Cyrus (10 volumes) suivi de La Clélie (10 volumes également). Chaque membre du salon reçoit un surnom tiré du Grand Cyrus.
3) De la vogue à l’excès.
À partir de 1650, les salons se multiplient et la préciosité se développe. Les dames prennent l’habitude de recevoir dans leur chambre, couchées ou assises dans leur lit (lit entouré de deux ruelles, l’une pour les domestiques et l’autre pour les invités).

Vers 1660, cette vogue va entraîner des excès et tourner vers la caricature (raffinement des vêtements, manières affectées à l’outrance). Ce sont ces outrances que certains auteurs vont dénoncer, et qu’ils décèlent aussi bien chez les nobles que parmi les membres de la bourgeoisie (ex : Furetière, Le Roman bourgeois ; Molière, Les Précieuses ridicules).

III - LES CARACTÉRISTIQUES DE L’ESPRIT PRÉCIEUX
1) Le goût du raffinement.
Les précieux témoignent dans leurs activités de salon d’un goût raffiné, en particulier au travers de leur intérêt pour les activités artistiques. Dans les salons, on chante, on joue de la musique, et on parle littérature. De nombreux écrivains célèbres fréquentent ces salons, et donnent des lectures de leurs œuvres qu’ils soumettent à la critique. Les précieux eux-mêmes pratiquent l’art d’écrire. Ils apprécient particulièrement le sonnet et les petits genres, ou genres mineurs (épigramme, blason, rondeau), des formes brèves qui permettent de faire preuve d’ingéniosité dans le style.

Il y a une recherche d’une certaine pureté et d’une certaine distinction. On adopte les règles d’une politesse raffinée, qui va de pair avec la recherche de manières délicates (élégance dans la tenue vestimentaire, rehaussée de plumes, de dentelles et de rubans ; pratique d’une conversation spirituelle et aimable).

Il y a aussi une recherche d’un langage raffiné très travaillé, qui abonde en figures de style :

— goût de la périphrase, destinée à éviter l’emploi d’un mot courant jugé trivial. Ex : le conseiller de l’âme, pour désigner le miroir.

— métaphores, goût de l’ornement dans la phrase.

— goût pour les abstractions, qui relèvent de cette volonté d’une pensée intellectuelle.

— recherche d’un effet de surprise (culte de la pointe).

— goût pour les antithèses et les oxymores (et donc les alliances de mots héritées du pétrarquisme et du baroque).

— recherche du néologisme, qui relève de la même volonté que la périphrase, à savoir échapper au langage commun.

— recherche de l’exagération (accumulation de superlatifs, d’adjectifs hyperboliques comme « furieux », « terrible », et des adverbes qui correspondent, « furieusement » et « terriblement »).

— expressions emphatiques (ex : « être du dernier galant », c’est-à-dire du dernier cri).
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