Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public





télécharger 37.38 Kb.
titrePar Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public
date de publication13.06.2017
taille37.38 Kb.
typeDocumentos
l.20-bal.com > documents > Documentos
Le temps de la décision publique par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public

La décision publique intervient-elle trop tôt, elle est prématurée ; intervient-elle trop tard, elle est dépassée. Est-il un temps opportun qui garantisse son acceptabilité et son efficacité ? Le temps adéquat, s’il existe, diffère selon la nature de la décision à prendre. Les décisions sont prises dans l’urgence en temps de crise et l’on attend qu’elles soient rapides et ciblées. Elles sont longuement mûries et préparées par de nombreuses études lorsqu’elles concernent des projets d’équipement ou d’aménagement du territoire. Aussi voudrais-je distinguer dans mon propos ces deux catégories de décision. Il existe bien d’autres domaines d’applications de la décision publique, en matière sociale notamment, comme il existe bien des formes de temps. Le temps est une notion difficile, traitée à maintes reprises par la philosophie et la science.

Quelques rappels sur la notion de temps

Aristote, Saint-Augustin, Leibniz, Kant se sont tous interrogés sur la nature du temps, sur son caractère absolu ou relatif, sur le commencement du temps, la durée, le passé, le présent et l’avenir. Les stoïciens ont remarqué, avec l’impassibilité qui les caractérise, que nous n’avons que le présent à supporter. Ni le passé, ni l’avenir ne peuvent nous accabler puisque l’un n’existe plus et que l’autre n’existe pas encore. Le temps s’écoule inexorablement et chaque instant est dépassé par l’instant suivant. Nous savons que cette mort des instants n’a pas de fin.

Les scientifiques, notamment les astronomes et les physiciens, se sont intéressés à la mesure du temps (mesure des lunes et des saisons, compte public des jours). La théorie de la relativité de Galilée montre que la perception de la vitesse dépend du point de vue de l’observateur selon qu’il est immobile ou mobile. Plus tard, Einstein démontre que le fait que la vitesse de la lumière soit la même pour tous implique que le temps n’est pas absolu et qu’il dépend du référentiel.

Le temps sociologique est tout aussi relatif. Une heure peut vous sembler longue ou courte selon que la tâche à laquelle vous êtes occupés vous ennuie ou vous passionne. De même la perception du temps diffère selon que vous êtes acteur ou spectateur. D’une façon plus générale, il semble que l’esprit humain ne peut se rapporter au temps indépendamment du temps vécu. La littérature en donne bien des exemples. Vous vous rappelez du Lac de Lamartine et de son fameux « Oh temps, suspends ton vol ». Une autre strophe du poème dessine les traits du temps vécu et montre que le temps a aussi des sentiments : « Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse / où l’amour à longs flots nous verse le bonheur / s’envolent loin de nous de la même vitesse / que les jours de malheurs ? ». A la recherche du temps perdu, Proust découvre le bonheur dans le pouvoir d’évocation de la mémoire instinctive qui réunit le passé et le présent, en une même sensation retrouvée. La petite madeleine trempée dans le thé lui fait revivre par le rappel d’une saveur oubliée toute son enfance. Il vit ainsi un événement sous l’esprit de l’éternité comme s’il sortait du temps. Dans ses romans, Le balcon en forêt et Le rivage des Syrtes, Julien Gracq décrit l’attente et ce temps qui s’écoule si lentement que tout semble arrêté. Laissons là la littérature.

Nous employons nous aussi dans notre langage courant des expressions qui décrivent la relativité du temps : « le temps perdu ne se rattrape jamais », « il faut gagner du temps », « il faut laisser du temps au temps », « je n’ai pas le temps », « j’ai du temps libre », « je ne suis pas maître de mon temps », « le temps passe »…

La gestion de crise

Les crises viennent souvent sans prévenir mais, parce qu’elles sont possibles, elles sont prévisibles.. La tempête qui a sévi récemment dans le sud-ouest avait fait l’objet d’un bulletin météo très alarmant. On pouvait donc s’attendre à un phénomène météorologique très fort. Comment s’y préparer ? Ce n’est pas à l’heure de l’accident qu’il faut s’interroger sur la portée des décisions à prendre pour porter secours et prévenir d’éventuelles conséquences qui ne manqueraient pas d’apparaître si aucune mesure n’était prise. L’anticipation est la clé de la gestion de crise. A froid, lorsque le temps n’est pas compté, un important travail de planification est effectué portant sur la nature des risques les plus probables, les conséquences attendues, leurs développements possibles. L’analyse est conduite à la lumière de l’expérience. Chaque sinistre fait l’objet d’un retour d’expériences dont les enseignements sont largement diffusés. Ainsi, a été constitué un fichier des matières dangereuses où sont décrites les caractéristiques des produits et les conséquences à craindre si ces produits entrent en contact avec un autre produit ou si leur température augmente. Le même fichier rappelle les précautions à prendre et les mesures à arrêter dans des délais précis.

Prenons un exemple concret : au sud de Lyon, dans ce qui est communément appelé la vallée de la chimie, cohabitent des cuves de pétrole et plusieurs lignes de chemin de fer sur lesquelles passent chaque jour de très nombreux trains transportant des matières dangereuses notamment du gaz. Les études de danger ont montré que la chaleur dégagée par une cuve en feu pouvait entraîner l’explosion de wagons transportant certains types de gaz. Dans ce cas précis, une catastrophe peut donc entrainer une autre catastrophe. Pour prévenir la seconde, il y a bien lieu d’abord d’arrêter le trafic ferroviaire puis de laisser circuler les trains dont le chargement n’est composé que de matières inertes. Nous nous étions aperçus de cette possibilité de catastrophes en chaîne lors d’un exercice et avions en conséquence arrêté un certain nombre de mesures. Grand bien nous en a pris, car à la suite de travaux de soudure sur l’une de ces cuves, l’accident s’est produit mais la régulation du trafic a prévenu tout autre incident. Dans ce cas, le temps de la réflexion et de l’étude a précédé la décision publique qui fut pertinente et opportune.

C’est la responsabilité du préfet de préparer les plans de prévention des risques de son département avec les conséquences juridiques qu’ils entraînent notamment en matière d’urbanisme. S’agissant des risques d’inondation, ces plans, après de savants calculs et sur des hypothèses que le public n’admet pas toujours, définissent les zones inondables dans lesquelles toutes constructions seront interdites. Un système d’alerte des crues fonctionne en permanence surveillant les débits et les hauteurs d’eau. Si la crue survient les mesures de mise en garde et, si besoin de sauvegarde et d’évacuation, sont normalement prises à temps. Prévoir le champ des inondations reste difficile dans la mesure où l’on ne connaît généralement pas très bien les accidents historiques et les crues centennales.

Toutes les crises ne sont pas prévisibles avec le même degré de précision. Que faire ? Je me souviens d’un dessin de Plantu montrant un Préfet en uniforme prenant un plan ORSEC couvert de toiles d’araignées sur le haut d’une armoire dans son bureau. C’est sans doute un peu tard ! Le mot ORSEC est un terme mythique qui signifie ORganisation des SECours. Le plan qui porte son nom constitue d’abord un plan d’organisation qui établit, sous l’autorité du Préfet, toute la chaîne de commandement et inventorie l’ensemble des moyens de secours (personnel et matériel) disponibles dans le département soit directement soit par réquisition. La doctrine ORSEC veut qu’il n’y ait qu’un seul chef pour décider. Mais décider de quoi et quand ? Lorsque la crise intervient, il est souvent difficile d’en percevoir tout de suite l’importance. Les informations sont contradictoires ou mal évaluées. Dès ce moment, la presse qui est déjà sur le terrain sollicite les décisions ou les informations officielles. Dans la gestion de crise, la gestion de la communication est aussi importante que la gestion des moyens. Il faut organiser des points presse réguliers, n’avancer que des informations certaines, et lorsqu’on ne sait pas l’avouer tout simplement. La presse ne vous en voudra pas ; elle attendra le point presse suivant. Par contre, si vous communiquez des informations mal fondées ou si vous mentez, vous créez de toute pièce une crise dans la crise car les médias auront à cœur de lever le doute et de vous mettre en contradiction. Dès le début de la crise, avant même toute décision importante, il importe d’instaurer un climat de confiance et de laisser un peu de temps au temps. La précipitation n’est pas l’anticipation. A moins d’avoir déjà vécu une crise semblable, ce qui permet d’avoir le temps du réflexe, il importe de prendre le temps de l’analyse et de l’évaluation. Pendant ce temps, les services dont vous avez besoin sont alertés et, selon leur degré de réactivité, se préparent à se mettre en ordre de marche.

J’ai connu en qualité de directeur de la sécurité civile, la très forte inondation de Nîmes en octobre 1988. La ville était coupée de l’extérieur sans communication téléphonique, ni électricité. Sur place avec le ministre de l’intérieur, je constate qu’aucune action d’envergure n’est encore engagée et que de très nombreux bénévoles affluent. En rentrant, le ministre me demande de prendre discrètement le commandement à distance. Je divise la ville en 4 secteurs et place chaque secteur sous un commandement soit civil soit militaire. A leur réveil, les nîmois ont trouvé leur ville quadrillée avec de très nombreux engins en fonction. J’avais pris soin par ailleurs d’envoyer sur place quelques officiers de sapeurs pompiers pour encadrer les bénévoles. Rien n’est pire en matière de communication que des images de bénévoles déclarant être venus avec leur générosité mais ne sachant pas quoi faire faute d’organisation. Le temps de la communication est un temps important de la décision publique. Pour certains, la communication est déjà une action et l’annonce d’une décision. Après vient le temps de la réalisation et de l’évaluation. Mais qui s’en soucie, l’opinion est déjà passée à un autre sujet.

Le débat public

Le débat public n’est ni le lieu ni le temps de la décision publique. Son objet est d’explorer l’ensemble des controverses que suscitent un projet et d’éclairer la décision. Créée par la loi du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement, dite loi Barnier, transformée en autorité administrative indépendante par la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité, la Commission Nationale du Débat Public, composée de 21 membres, est chargée de veiller au respect de la participation du public aux processus d’élaboration des projets d’aménagement et d’équipement d’intérêt national de l’état, des collectivités territoriales, de l’établissement public ainsi que des personnes privées pour des projets relevant de catégories d’opération dont la liste est fixée par décret en Conseil d’État dès lors qu’ils présentent de forts enjeux socio-économiques ou des impacts significatifs sur l’environnement ou l’aménagement du territoire. Les projets listés sont surtout des projets linéaires (routes, voies de chemin de fer, gazoducs, oléoducs) dès lors que leur prix dépasse 300 millions d’euros.

Thèmes

Un débat public porte sur l’opportunité, les objectifs et les caractéristiques principales du projet.

Critères

Une fois saisie, la Commission se prononce dans un délai de 2 mois sur la suite à donner en fonction de l’intérêt national d’un projet, de son incidence territoriale, des enjeux socio-économiques qui s’y attachent et de son impact sur l’environnement et l’aménagement du territoire.
Outils

Si la Commission estime qu’un débat public est nécessaire, elle peut soit l’organiser elle-même et, dans ce cas, elle en confie l’animation à une commission particulière qu’elle constitue, soit en confier l’organisation au maître d’ouvrage. Si elle estime qu’un débat public n’est pas nécessaire, elle peut recommander au maître d’ouvrage l’organisation d’une concertation selon les modalités qu’elle propose.

Préparation

La préparation d’un débat public qui consiste en la rédaction du dossier du débat, la rencontre des acteurs, l’organisation des réunions publiques, plan de communication, peut durer 6 mois. Cette période est importante. La qualité de la préparation nourrit la qualité du débat. Le débat lui-même ne peut excéder 4 mois.

Principes structurants

  • Le principe de la transparence : l’information mise à disposition du public doit être la plus complète possible et sincère. C’est toujours une grande difficulté pour les commissions particulières d’obtenir du maître d’ouvrage qu’il dise toute la vérité.

  • Le principe de l’équivalence : tous les intervenants sont égaux. Cette relation entre une part de démocratie participative et une part de démocratie représentative n’est pas toujours bien vécue par les élus, les experts, les techniciens, bref tous les « sachants ».

  • Le principe de l’argumentation des propos : le débat n’est ni un sondage, ni un référendum mais une confrontation d’arguments.

Dans les 2 mois qui suivent la clôture du débat sont publiés le compte-rendu et le bilan du débat, lesquels ne font que reprendre l’ensemble des arguments entendus. Dans les trois mois qui suivent cette publication, le porteur du projet décide par un acte publié, du principe et des conditions de poursuite du projet. Il précise le cas échéant les principales modifications apportées au projet soumis au débat public. Contrairement à la convention d’Aarhus du 25 juin 1998 et ratifiée le 8 juillet 2002 sur l’accès à l’information et la participation du public aux processus décisionnels en matière d’environnement qui précise que le texte de la décision est assorti des motifs et des considérations sur lesquels il est fondé, la loi française ne prévoit pas une obligation de motivation bien que ce soit son esprit. Pratiquement, les porteurs de projet motivent leur décision dans cette publication. Généralement, tous les projets sont modifiés à la suite d’un débat public. Par nature, un débat public est un processus orienté vers un objectif : on informe le public et on lui donne la parole sur un projet dans le but d’éclairer et de préparer une décision à venir. Le maître d’ouvrage soumet le projet parce qu’il a l’intention de le réaliser dans des conditions qui pourront être influencées par le débat. Le public participe parce qu’il a le sentiment qu’il peut dans une certaine mesure influencer une décision à venir.

Place du débat public dans le calendrier d’élaboration de la décision

La réponse de principe est assez simple : il faut que le débat ait lieu suffisamment en amont de la décision, à un moment où les choix essentiels ne sont pas encore arrêtés. Cela résulte aussi bien de la convention d’Aarhus que de la loi de février 2002. Selon la convention, il faut que la participation du public commence au début de la procédure, c'est-à-dire lorsque les options et les solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence. Selon la loi, le débat public porte sur l’opportunité ; il doit donc avoir lieu suffisamment tôt de sorte que la décision de faire ne soit pas encore prise et que la question des modalités de réalisation reste ouverte, donc que plusieurs options soient présentées (même si le maître d’ouvrage peut naturellement exprimer sa préférence pour l’une d’entre elles). Par exemple, le débat public sur la ligne TGV entre Montpellier et Perpignan qui commencera en mars s’appuie sur un dossier préparé par Réseau Ferré de France qui comporte 4 scénarios possibles. Normalement, dans le cadre de la loi Grenelle 2, il est prévu que le dossier du débat comporte obligatoirement les options. Par exemple, l’option chemin de fer devra être envisagée dans le cas d’un projet autoroutier ce qui n’était pas le cas jusqu’à aujourd’hui.

Si la réponse de principe est simple, les modalités pratiques de mise en œuvre sont plus difficiles. Il faut que le débat n’intervienne ni trop tôt ni trop tard. Pas trop tôt, car il faut un minimum de matière pour donner au débat un contenu concret. Il faut donc avoir réalisé les études préalables permettant de bien exposer les justifications du projet, d’en décrire les enjeux et les objectifs, les grandes options possibles, les impacts de diverses natures sur l’aménagement du territoire et sur l’environnement. A l’inverse, il ne faut pas que le débat public arrive trop tard et que la décision apparaisse comme déjà prise. Toute saisine de la Commission nationale suppose certes de la part du porteur de projet l’intention de faire mais une intention non définitive ouverte à la possibilité de faire évoluer le projet voire de l’abandonner. Si l’intention apparaît comme irrévocable, si la décision a fortiori apparaît comme déjà prise, le débat public est difficile. Des exemples existent et se présenteront encore avec des projets type EPR.

Rapport entre le temps et la décision dans le cadre de la procédure de débat public

Certains se demandent s’il est raisonnable et utile de mener un débat public sur un projet dont on annonce ad initio qu’il ne sera pas réalisé avant 15 ans. La population, qui verra la réalisation et la mise en service de l’ouvrage, sera largement différente de celle qui aura participé au débat public. Cela a une conséquence quant à la méthode : il faut que les étapes successives de mise au point des projets après le débat public et jusqu’à l’enquête publique s’accompagnent de phases de concertation inspirées de l’esprit du débat public, c'est-à-dire marquées du même esprit d’ouverture et de dialogue. Il est prévu dans les projets de lois Grenelle que la Commission Nationale suive toute la phase post-débat. En effet, la population comprend assez mal qu’après un temps fort comme le débat public, elle n’entende plus parler de rien avant que le thème ne ressurgisse au moment de l’enquête publique. La loi devrait donc faire en sorte qu’au cours de cet intervalle une forme de concertation et surtout une information continue sur la façon dont les choses se précisent soient mises en place.

L’enquête d’utilité publique doit intervenir dans les 5 ans qui suivent la publication du bilan du débat. Au-delà de ces 5 ans, la Commission doit être saisie à nouveau. La concertation avec le public peut être relancée si les circonstances de droit ou de faits justifiant le projet ont subi des modifications substantielles. Nous avons actuellement un exemple concret avec la liaison électrique France-Espagne. Le débat public a eu lieu en 2003 pour une ligne aérienne de 400 000 volts dont le projet a été abandonné puis remplacé par un projet de ligne enterrée. Une concertation, recommandée par la Commission, est donc actuellement conduite.

Les délais de la procédure de débat public constituent un défi. Le débat public suscite la critique de certains qui arguent du fait que ce n’est qu’une machine à perdre du temps, à retarder la décision voire à empêcher toute décision. La durée totale d’un débat de la saisine à la publication d’un bilan est de l’ordre d’une année ce qui est assez peu en comparaison de la durée de gestation des grands projets. Les maîtres d’ouvrage me répètent souvent qu’il vaut mieux savoir perdre 6 mois dans la concertation pour gagner 5 ans dans le contentieux.

Débat public et sciences

Naturellement le débat public ne prétend ni dire la vérité scientifique, ni faire disparaître les antagonismes mais il assure une information claire, complète et pluraliste. Dans les débats interviennent de nombreux experts, les « sachants ». Leur crédibilité dépend souvent de leur comportement. L’arrogance, la suffisance, le mépris ne sont plus acceptés. C’est la raison pour laquelle une expertise contradictoire voire indépendante du maître d’ouvrage est toujours souhaitée afin de permettre la confrontation d’arguments. Le comportement des scientifiques est très important dans ce débat. Les scientifiques humbles passent beaucoup mieux leur message que les scientifiques arrogants.
Conclusion

Votre président a écrit que « paradoxalement, alors que la science n’a jamais été aussi présente et aussi nécessaire, une distance et une incompréhension croissantes se sont établies entre la science et l’opinion publique. Il faut sans céder à l’angélisme ni au catastrophisme trouver une façon réaliste de réconcilier notre société avec la science, la technologie et l’innovation ». Pour sa part, la Commission nationale est chargée d’organiser d’octobre à décembre 2009 un débat public sur les nanomatériaux et les nanotechnologies. Il devra porter sur le rapport bénéfices/risques, sur les axes de recherche à privilégier, sur les risques pour la santé et l’environnement.

Ce que nous faisons à la Commission Nationale, vous le faites aussi dans la mise en œuvre de vos programmes. Vous jouez à l’accordeur des temps ! Quand on prépare et met en œuvre un programme, il importe de tenir compte des temps différents des acteurs.
Questions/réponses

  • Qui saisit la Commission ?

La Commission est saisie de projets qui relèvent de catégories d’opérations visées par le décret. Pour ce qui est des thèmes plus généraux, la Commission peut être saisie par le Ministre de l’environnement (cela s’est déjà produit pour les déchets radioactifs par exemple). Malgré le Grenelle, nous n’en sommes pas encore à ce qui est prévu par la convention d’Aarhus selon laquelle le public doit participer à l’élaboration des politiques ayant une incidence sur l’environnement. Dans le projet de loi Grenelle 2, ce qui est mal défini dans la loi actuelle sous le terme d’ « options générales », sera précisé comme étant des politiques, des plans et des programmes. La Commission avait proposé que ces politiques puissent être déclinées au plan régional. Nous n’avons pas été suivis par le Ministère de l’écologie.


  • Chacun a sa propre perception du temps : le Préfet qui gère la crise, le riverain dont la maison est inondée, le journaliste qui couvre l’événement, le pompier qui porte secours, etc. Peut-on agir pour que ces différentes perceptions des temps s’accordent ?

Celui qui prend la décision publique doit avoir conscience du fait que l’ensemble des opérateurs agissent dans des calendriers différents avec des rythmes différents. C’est la raison pour laquelle, il faut un accordeur de temps dans la gestion de crise comme dans le débat public.


  • Quelles sont les conséquences de l’adoption du principe de précaution sur le débat public?

Jusqu’alors, il n’a pas été systématiquement évoqué mais il sera, dans le futur, de plus en plus invoqué car il a quasiment une valeur constitutionnelle. A chaque fois qu’un danger est identifié, le principe de précaution est brandi. Yves Coppens a dit que si nos grands anciens avaient suivi à la lettre le principe de précaution, ils auraient eu peur du feu ! Il faut savoir prendre des risques, ce que le débat public permet. Nos compatriotes acceptent de prendre des risques s’ils sont réellement informés. Aujourd’hui la transparence et le dialogue sont une nécessité sociale.

  • La crise économique pose le problème du temps de la décision publique. N’y a-t-il pas contradiction entre le temps très long passé à la mise en place de projets absolument nécessaires et les crédits accordés dans l’urgence pour faire face à la crise économique ? Certains dossiers s’enlisent (comme celui de l’A24) dans la mer des Sargasses du débat public alors que manifestement il y a urgence en ce qui concerne l’infrastructure et urgence en ce qui concerne la crise économique que nous connaissons. Peut-on se payer le luxe d’un débat public ?

Le plan de relance lancé par le gouvernement s’applique à très court terme. Les 1000 opérations concernent des projets d’1 ou 2 millions d’euros dont l’ordre peut immédiatement être passé aux entreprises en charge du projet. Pour les autoroutes, entre le lancement du projet et sa réalisation, il s’écoule des années. Je ne crois pas que le débat public retarde la mise en œuvre de grands projets puisqu’il intervient à un moment où les projets ne sont pas suffisamment définis pour que l’acte administratif soit suivi d’effets. A la Commission, nous avons la prétention de dire qu’un projet qui est passé par le débat public est un meilleur projet.

  • Le débat public a pour thèmes l’opportunité, les caractéristiques et les impacts d’un projet. L’opportunité renvoie à un débat politique. Les caractéristiques et les impacts renvoient à un débat sur la mise en œuvre et donc impliquent d’autres critères de décision.

Il y a eu l’an dernier 3 débats sur les terminaux méthaniers au Havre, à Dunkerque et au Verdon. A l’occasion de ce débat, la politique énergétique française a fait l’objet d’un débat public. La direction générale de l’énergie devait expliquer comment ces projets s’inséraient dans la politique nationale française d’approvisionnement diversifié de gaz. Sur l’opportunité, le ministère a eu du mal à expliquer la nécessité de 3 ports méthaniers alors qu’il en existe déjà deux. Le débat est politique dans le sens où le Ministère a entendu le débat public.

Par ailleurs, le débat public est un mot galvaudé. Il peut s’agir d’un débat parlementaire, d’un débat entre experts, ou d’un débat où tout le monde est invité à parler.

similaire:

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconDes exemples d’exercices d’argumentation, de narration, de débat, et de simulations globales
«Si j’étais ministre de L ‘Education nationale, alors je et je»; pour le subjonctif: «C’est aujourd’hui la fête, l’anniversaire de...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconAu mois de décembre 2015, le prestigieux Rijksmuseum (Musée royal)...
«nègre», «esclave», «sauvage», «maure», «mahométan», ou encore «nain». Une décision qui a engendré un débat public vif, avec des...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconMonsieur le Président du Directoire, Monsieur le Président du Conseil...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconValidée par la Commission Paritaire

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconElements de correction proposes par la commission d’entente

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconAbsent excusé
«Il faut désigner un secrétaire de séance. Vous savez que, par tradition, le secrétaire de séance est souvent notre ami, premier...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconMise en scène : Dominique
«spectacle de clown» qui, pensait-il, est impossible si l’on tient à préserver la fraîcheur et la vitalité de ce personnage hors...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconDébat avec François Boddaert le samedi 14 avril à la grange du Vernat
«Les Rias» souhaite la bienvenue à François Boddaert, et après avoir présenté les excuses des personnes qui n'ont pu venir, situe...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public icon2 J’ai voulu également prendre des albums labellisés (par l’Education...

Par Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public iconDu roman autobiographique de Philippe Grimbert à son adaptation cinématographique...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com