Claire Montanari : Genèse du poétique chez Hugo : prose et vers dans les fragments





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Claire Montanari : Genèse du poétique chez Hugo : prose et vers dans les fragments


Communication au Groupe Hugo du 21 mai 2005.




Je voudrais, avant tout, solliciter votre bienveillance, car je vais évoquer ici une étude qui n’est pas encore terminée et pour laquelle, par la force des choses, je manque malheureusement de recul.

J’organiserai mon exposé en deux parties. D’abord j’évoquerai rapidement les étapes du travail que j’ai mené et j’en profiterai pour présenter brièvement les fragments, puis je m’attacherai à étudier quelques exemples particulier, en suivant, de près ou de loin, le développement de mon mémoire.

 

L’ensemble des “fragments” constituent un support de travail difficile à commenter. Contrairement aux brouillons, ils ne présentent pas nécessairement de rapport avec les œuvres finies, et sont, la plupart du temps, des textes très courts, souvent inachevés, en vers ou en prose, et parfois en vers et prose - c’est ce qui nous intéressera ici - écrits sur divers supports. Hugo les gardait et s’en servait parfois en les réinsérant dans les textes qu’il était en train d’écrire. Les fragments constituaient en quelque sorte un “réservoir” à inspiration, et étaient raturés ou supprimés par l’auteur lorsqu’ils avaient été utilisés. Leur étude est donc délicate et nécessite une méthode de travail dont je n’étais pas, a priori, familière. Il s’agissait de réinventer une méthode d’analyse, car il est bien évident que l’on ne peut mener le même type de commentaire sur des fragments inachevés que sur un poème achevé, voire publié. Tout n’est pas encore voulu par l’auteur, il reste une grande part de spontanéité dans l’écriture, et il faut plus s’attacher au processus de l’écriture qu’à ses procédés.

Je me suis appuyée avant tout sur la collection Bouquins, chez Robert Laffont, tout en consultant les diverses éditions de fragments - l’Imprimerie nationale, Le Club français du livre, Journet et Robert et l’édition de Pierre Albouy dans la Pléiade.

Je tiens à préciser que je n’ai pas abordé la question des fragments dramatiques ; je me suis attachée aux seuls fragments poétiques parce qu’ils impliquent en eux-mêmes un mode d’écriture, celui du vers, et c’est dans cette perspective que la présence de la prose était plus surprenante. Le genre dramatique en lui-même, quant à lui, n’impose pas de mode d’écriture particulier.

Et surtout, je ne me suis tenue qu’aux fragments mêlant vers et prose, ou écrits en prose et réécrits en vers - l’inverse est beaucoup plus rare. Il me faut signaler que les fragments mêlant vers et prose ne constituent pas la majorité des fragments, mais sont cependant loin de faire exception. Il y a en outre des phénomènes, dans d’autres fragments, qui se rattachent au phénomène de la prose et montre que sa présence au cœur des fragments versifiés n’est pas fortuite. C’est le cas des blancs et des points de suspension, par exemple. Tout comme la prose, ils apparaissent avant les vers ou au milieu des poèmes. Ce sujet a donc pour intérêt de montrer que la création poétique chez Hugo n’est pas aussi spontanée qu’on pourrait le croire, et pose la question du rapport entre les deux modes d’écriture.

Les théories de Hugo sur la prose et le vers, ainsi que les développements qu’il consacre à la création poétique sont souvent contradictoires, fantaisistes, et leur offre un caractère un peu mythique. Il invoque souvent la supériorité du vers par rapport à la prose, disant ainsi que la prose constitue “l’ordre sans harmonie”, tandis que “Dieu a fait le monde en vers” [1] , mais désignant souvent ses œuvres, en vers ou en prose, par le terme de poésie. Il fait une distinction entre vers et prose, qui, à certains moments, ne semblent pas s’appliquer à son œuvre. L’extrait de l’inventaire notarial de maître Gâtine, établi après la mort de Hugo, que M. Seebacher a relevé, laisse apparaître que Hugo, au moment de sa mort, gardait des chemises contituées de fragments en vers, d’autres de fragments en prose, mais certaines mêlaient les deux. En outre, lorsque Hugo demande en 1846, dans une sorte de testament, que l’on prenne soin de tous les fragments qu’il a laissés, il ne distingue en rien ses écrits en prose de ses écrits en vers : «Le travail qui me reste à faire apparait à mon esprit comme une mer. [...] Si je meurs avant d’avoir fini, mes enfants trouveront dans l’armoire en faux laque qui est dans mon cabinet [...] une quantité considérable de choses à moitié faites ou tout à fait écrites, vers, prose, etc. - ils publieront tout cela sous ce titre : Océan»[2] . Ce sont les exécuteurs testamentaires de Hugo qui, plus tard, feront le choix de publier Océan prose et Océan Vers.

Cependant, les théories pouvant apparaître contradictoires de Hugo sur la prose et le vers ne sont pas dues de sa part à la répétition de lieux communs. Il me semble, à l’observation des “Fragments”, qu’elles sont fondées sur une pratique d’écriture qui est, elle aussi, multiple. M. Rosa m’a souvent laissé entendre, en évoquant mon sujet, que ce dernier provoquerait plus de questions qu’il ne susciterait de réponses. Et malheureusement - ou heureusement - ses prédictions se sont révélées fondées. Mon travail de DEA ne permet pas de trancher le problème, et il semble que la pratique de la prose, lorsqu’elle est mêlée au vers dans les “Fragments”, soit double chez Hugo :

- La prose ne joue le rôle que d’un simple instrument au service du vers ; le fait que le passage soit presque toujours de la prose au vers semble indiquer une supériorité du vers sur la prose.

- Mais  parfois, la frontière entre les deux modes d’écriture s’efface, ou ils semblent étroitement complémentaires. C’est là ce qui a le plus retenu mon attention.

 

Mais revenons à ma méthode de travail. Après avoir lu les “fragments” édités, je les ai consultés sur microfilm. D’autres difficultés se sont alors présentées.

- difficultés de lecture, tout d’abord, car certains fragment sont difficilement déchiffrables, et les éditions constituent en cela une aide précieuse.

- difficulté de repérage de la prose et des vers. En effet, la disposition de la prose sur les manuscrits est parfois proche de celle des vers ; il faut donc être attentif et ne pas se fier à l’aspect extérieur d’un fragment. Les éditions de fragments, quant à elles, publient souvent la prose en retrait par rapport au vers, ce qui est pratique, mais qui transcrit pas de façon tout à fait exacte ce qui est véritablement sur le manuscrit.

Après ces différentes lectures, j’ai établi une sorte de classement, de relevé des différents types de prose, en fonction de leur position dans le poème et de leur rôle. J’ai choisi d’opter pour une définition relativement large de la prose ; elle peut sembler simpliste mais constitue un instrument de travail et me permet d’aborder tous les phénomènes : j’ai donc défini la prose comme “tout ce qui n’était pas vers”. Il ne s’agit pas d’une définition complètement arbitraire. En effet, les simples notations qui précèdent les poèmes ou qui apparaissent en leur cœur jouent souvent le même rôle que les phrases syntaxiquement achevées.

C’est alors que j’ai commencé à interpréter les fragments, et je les ai d’abord abordés de façon presque intuitive, ce qui a été le point de départ de ma recherche. Je me suis rendue compte, en lisant un certain nombre de fragments mêlant vers et prose, que je les trouvais réussis - tout en étant bien consciente, je le précise tout de suite, qu’il ne s’agissait que de fragments qui n’étaient pas initialement destinés  à être publiés tels quels, et qu’il ne s’agissait absolument pas de leur prêter une esthétique moderne. Néanmoins, il me semblait que cette prose n’apparaissait pas toujours par hasard, et j’ai donc commencé à chercher si sa présence était motivée ou non ; il me semble en tout cas qu’elle est souvent signifiante : elle révèle quelque chose sur le mode de composition de Hugo.

Après m’être attachée à l’étude d’un certain nombre de fragments, j’ai essayé d’organiser mon travail et j’ai d’abord décidé de classer les fragment en fonction de la disposition de la prose par rapport au vers. En effet, lorsque la prose apparaît au début des poèmes, elle semble servir à lancer le vers ; mais lorsqu’elle surgit en leur centre, elle joue plutôt le rôle d’un relais. Puis j’ai opté pour une étude plus problématisée en axant mon étude sur les différents rôles de la prose et sur les causes et les effets du passage de la prose au vers ou du vers à la prose.

 

Pour mener à bien ce projet, j’ai d’abord étudié le rôle de la prose dans la construction des fragments versifiés ; il s’agit avant tout d’une fonction pratique. La prose occupe en effet trois fonctions principales :

- elle permet d’amplifier et de structurer le poème

- elle le programme quand elle apparaît sous forme de plan

- et parfois même, elle le corrige.

Cependant, la répartition du vers et de la prose n’est pas seulement fondée sur un rapport pratique ; une étude approfondie d’un certain nombre de fragments semble montrer qu’il y a un rapport entre le contenu du discours et le mode d’écriture employé. Cette hypothèse doit être mise en question et débattue.

Toutefois, cette question du rapport entre le contenu et le mode d’expression utilisé ne résout pas tout, et il convient aussi de s’attacher aux procédés d’écriture qui font le lien entre prose et vers ; la question du rythme est alors fondamentale pour comprendre comment se fait le passage d’un mode d’écriture à un autre.

Attachons-nous d’abord à la question de l’utilité de la prose dans les fragments versifiés.

 
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