I. Construction psychique : Genèse de la pensée et de la représentation 2





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I.Le dispositif

A.Le cadre d’application

1.Deux espaces physiques différenciés


Les ateliers ont lieu tous les mardis de 14h00 à 16h30 au Centre Social Riquet, situé rue Riquet dans le XIXème arrondissement de Paris.

Deux espaces physiques différents, correspondant à deux temps différents de l’atelier, ponctuent le travail mené avec le groupe.

Les espaces sont physiquement différents, parce qu’entre un temps et l’autre (une heure quinze minutes environs par espace), il y a déplacement d’une salle à l’autre.

Le premier espace est celui de la rencontre et des retrouvailles ; il est lui-même divisé en deux temps.

Le premier temps s’articule autour d’un thé palabre où les participants discutent de leur semaine, abordent souvent l’actualité politique et les faits divers de leur quartier, alors que le second temps signe réellement le début du travail autour des images et des mots, supports de projections et d’associations.

Le deuxième espace est celui de la scène ; il est aussi divisé en deux temps.

Le premier temps étant celui des échauffements, du travail autour du corps et de la voix, alors que le second temps reprend plus concrètement la trame des histoires ou des associations qui ont été amenées autour de la palabre, et vise à les mettre en scène.

2.Les quatre règles de l’atelier


La première règle est celle du « parler français ».

Les participants sont invités à s’exprimer en français, quelque soit le thème ou la discussion amorcée. Ils peuvent avoir recours à toute forme de communication non verbale pour s’exprimer s’ils ne trouvent pas les mots pour dire.

Ils peuvent par exemple avoir recours à des mimes, à des dessins ou à des images qu’ils amènent avec eux, mais ils doivent éviter de parler une langue étrangère ou essayer de se faire traduire les mots entre eux ou par le biais d’un animateur.

Cette règle sous entend que le véhicule utilisé pour l’expression, à savoir la langue française ou toute autre forme d’expression non-verbale, doit être à portée de la compréhension de tous et donc avoir une valeur universelle pour tous les membres du groupe qui sont d’origines différentes.

Cette première règle est légitimée par le fait que cet atelier est présenté aux participants comme espace de soutien aux cours de français et est donc complémentaire à leur apprentissage.

La frustration qui découle de cette règle, pousse les participants dans des démarches exploratrices, à la recherche d’autres moyens d’expression, afin de se faire comprendre par les autres.

Cette recherche est en soi narcissisante, puisque la barrière de la langue est amenée à tomber, non pas de la main des animateurs, qui ne proposent pas de solutions magiques à l’obstacle langagier, mais par la volonté des participants, qui se surprennent souvent à se comprendre autrement.

Cette première règle induit déjà une série de dynamiques dans la mesure où, l’un des animateurs (moi-même) est de nationalité libanaise et comprend donc ce qui se dit dans le groupe quand la discussion se passe en arabe. A cela s’ajoute le fait qu’une personne qui nous accompagne dans l’animation du groupe, depuis sa création, donne des cours de français dans le centre et étudie l’arabe dès qu’elle en a le temps.

La dynamique qui s’installe parfois fait référence à la dimension de dépendance dont Bion parlait en ce sens où parfois, le recours à cette langue est une manière d’éviter de faire les efforts par soi-même, comme si tout pouvait être remâché, digéré et rendu dans une forme accessible, à l’image d’une bonne mère qui ferait « à la place de ».

Quoiqu’il en soit, la limite de cette règle reste souple, ainsi, la traduction d’un mot par l’animateur ou un participant sert parfois signifier quelque chose en français.

Enfin, pour revenir sur la communication non verbale, nous pouvons dire que c’est une forme de régression que le groupe accepte, et qui devient légitime et sécurisante en tant qu’outil de communication, permettant même parfois d’aborder des thèmes qui seraient beaucoup plus dur à aborder par le biais du langage.

Nous prendrons plus loin quelques exemples de cette forme de communication, qui pose une distance, un détour, un évitement constructif par rapport à la chose en soi.

La deuxième règle consiste à dire que « cet espace est pour vous ».

L’atelier que nous animons a été imaginé au départ comme une réponse à un besoin non-exprimé de la part d’usagers du centre social, qui avaient l’habitude de se retrouver autour d’un atelier de cuisine, moins pour faire la cuisine que pour avoir un espace à eux, où ils pouvaient discuter de leurs journées et de choses diverses.

Nous avions donc été sollicités à la base, pour répondre à une réflexion faite par le centre autour du « jardin intime », comme ils l’ont appelé.

L’intime n’est possible (intime dans le sens d’une parole qui parle du sujet), que dans la mesure où les personnes sont légitimées à l’être, dans un espace et à un moment précis. L’intime fait donc référence à un lieu et à un temps pour soi, fermé aux étrangers.

Ce lieu fermé aux étrangers (ceux qui sont étrangers au groupe) est assez paradoxal puisque ce sont des étrangers qui s’y réunissent. Les étrangers (les migrants) deviennent ainsi en quelque sorte les maîtres des lieux et les français se transforment à leur tour en étrangers.

Cette règle amène aussi une distinction entre un dehors et un dedans, un individu qui donne et un autre qui prend.

Le dehors est tout ce qui se situe en dehors du groupe, en dehors des sujets qui constituent le groupe. Ce dehors fait référence à un ailleurs, à un avant, alors que le dedans serait plus du côté de l’ici et du maintenant.

Enfin, l’individu qui donne, donne une place et un temps à l’autre et ainsi, le reconnaît.

Les migrants, qui vivent souvent l’autre de manière persécutrice, voient ici en lui un proche, un autre qui reconnaît et qui est suffisamment bon pour offrir, avec pour seule contrepartie, celle de participer à la vie du groupe.

En ce qui concerne la notion de « contrepartie », nous pensons que si nous ne demandons rien aux participants en retour à ce que nous leur proposons, la dette qui se créerait serait peut-être difficilement soutenable, et pour eux et pour nous.

La contrepartie fait bien-sûr partie du non-dit du groupe et consiste pour les animateurs à ce que le groupe, qui n’est pas un groupe à visée thérapeutique ou pédagogique, puisse toutefois avancer dans ses possibilités d’expression de soi.

La troisième règle est celle de la discrétion.

Tout ce qui est dit dans le groupe, reste à l’intérieur du groupe, surtout quand c’est de l’ordre de l’intime. La confiance en l’autre et son regard doivent être soutenants pour que cette règle puisse advenir et véritablement exister.

A l’appropriation de l’espace et à la possibilité d’aborder de l’intime dans un lieu « fermé », « discret », apparaîtront toutes les fantasmatiques originaires du groupe, telles que Kaes les définit.

La quatrième règle est spécifique à l’espace de jeu et au faire « comme si ».

Elle délimite la place du spectateur et celle de l’acteur, en signifiant clairement quelles sont ces places et où elles se situent géographiquement.

De celui qui regarde à celui qui fait « comme si », cette règle vient montrer la limite qui existe entre l’imaginaire et la réalité, entre le voir et le faire, entre soi et l’autre.

« La délimitation symbolique de l’espace théâtral s’appuie sur les conventions qui régissent l’organisation et le déroulement des séances. Cette délimitation instaure un lieu pour regarder, un lieu pour jouer, un lieu pour se transformer et un lieu pour dire, se dire, entendre »37.

Cette règle est enfin très importante parce qu’elle permet aux acteurs de se différencier des spectateurs et de vraiment faire vivre les rôles qu’ils interprètent.

Aussi, les spectateurs qui dans un deuxième temps seront appelés à jouer, s’ils le désirent, peuvent de leur place s’identifier et se reconnaître dans les rôles et les situations proposées.

Cette règle sous-entend aussi que tout tourne dans la vie, à un moment on est spectateur et à l’autre on est acteur, et dans cette délimitation, chaque place a un effet particulier dont il est bon de parler.

Toutes ces règles peuvent bien sur être contournées, ignorées et bafouées, mais tel est le propre d’une règle et c’est le positionnement par rapport elle qui est intéressant.

Ces règles ne sont pas à entendre d’une manière rigoureuse, mais dans une certaine souplesse qui va de paire avec l’espace intermédiaire que nous animons.

3.Répartition des rôles entre les animateurs


L’atelier est animé depuis ses débuts par trois personnes.

Deux personnes de l’association « raconte-nous ton histoire », et une personne qui donne aussi des cours de français dans le centre social.

La personne qui donne les cours de français est une dame retraitée, la seule française du groupe. Elle soutient l’action et lui donne une certaine légitimité.

Cette femme est passionnée de voyages et de culture. Elle apprend l’arabe au Maroc deux fois l’année, et va tous les ans en Inde, en plus de ces autres « petits voyages » comme elle les appelle.

L’animatrice de l’association, vénézuélienne d’origine est responsable du premier espace, à savoir celui des jeux autour des images et des mots, c’est elle qui mène ce premier temps de l’atelier.

L’animateur de l’association, moi-même, libanais de nationalité et d’origine, est responsable du deuxième espace, à savoir celui des exercices et du jeu théâtral.

C’est aussi moi qui rappelle les règles quand il y en a besoin.
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