I. Construction psychique : Genèse de la pensée et de la représentation 2





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D.Langue du pays d’accueil et langue du maitre


Si la langue est porteuse d’une identité, la maîtrise de la langue d’accueil est essentielle à la survie et réclame « une énergie psychique considérable et un déplacement des investissements »18

Le déplacement des investissements et des identifications est tributaire de la possibilité de trouver des substituts qui soient assez bon pour permettre le dit déplacement.

Nous comprenons alors comment le changement de langue opère une modification dans la structure intime de la pensée « il existe des situations qui appellent exclusivement la langue d’origine (…) alors parfois, en exil, quelque chose ne peut plus se dire de soi »19.

L’étranger est perçu comme objet d’amour / de haine. Il est aussi celui qui rend étranger : « il est le révélateur de l’irréductible différence interne constitutive du sujet, occultée au plus profond de soi et que chacun s’efforce d’oublier »20. Face à l’étranger, à l’inquiétante étrangeté, le risque identitaire est alors immense.

En ce qui concerne la langue française, pour des migrants d’origine arabe, le français est la langue du colonisateur, elle est inconsciemment la langue du maitre, de celui qui sait, elle n’est nullement une langue d’affect.

La langue française est pour ces migrants une langue utilisée pour avoir, et non pour être, et souvent, cette langue les rejette de manière brutale, aussi bien dans l’être, que dans l’avoir, faisant d’eux des étrangers qui ne peuvent se soutenir qu’entre eux, par la réorganisation de modes de vie, identiques à celles du pays d’origine.

III.Notion de groupe et d’espace groupal

A.Dynamique de groupe, en groupe, du groupe : Qu’est-ce qu’un groupe ?


La notion de groupe humain nous dit Kaes dans son ouvrage intitulé « L’appareil psychique groupal »21, fait référence à deux ordres de réalité.

La première telle que la définit la psychologie sociale, comme étant régie par des relations interpersonnelles et des tensions entre ses éléments constituants, la seconde, telle qu’observée par la psychanalyse, comme étant un objet investi par des pulsions et mobilisateur de représentations qui jouent donc un rôle majeur dans la construction des relations entre réalité psychique, réalité sociale et réalité matérielle.

Le groupe est aussi le lieu d’une triple vexation narcissique : premièrement, le sujet découvre qu’il n’est ni la cause, ni le centre, ni le but du groupe ; deuxièmement, qu’il y est au contraire assujetti même s’il en ressent des bénéfices et que s’il cherche à changer le groupe, il sera souvent lâché et mis à l’écart par les autres ; troisièmement, le sujet livre au groupe ses objets internes, en pensant que ce dernier exige sacrifice et abandon, alors que les objets sont en réalité livrés par des mécanismes de projection.

A cette triple vexation souvent niée, nous retrouvons dans notre atelier des mouvements similaires qui peuvent être comparés au fait que certains sont désignés comme leaders et qu’en leur absence, le groupe se porte aussi bien/mal ; à leur retour, ils sont toujours soucieux du bon déroulement de la séance précédente. Aussi, la solidarité entre participants, proche de ce qu’Anzieu appelait pour des raisons différentes « l’illusion groupale », nous fait penser à ces moments de dur silence face à des sentiments non-dits de désapprobation, contenus de peur d’être lâché par les autres. Enfin, l’intimité du groupe, issue de discussions émanant de soi, de soi en tant que sujet, pousse certains à participer alors qu’ils auraient plutôt envi de se retenir, mais se trouvent emportés dans des mécanismes de projection qui les met en marche.


B.Le groupe comme objet de représentation


Kaes postule quatre organisateurs psychiques des représentations de l’objet-groupe :

- L’image du corps : l’étymologie du mot « groupe » fournit deux lignes de force que l’on retrouve dans la vie des groupes : « le nœud et par dérivation le lien, connotant le degré de cohésion ; et le rond figurant à la fois la clôture spatiale dont l’enveloppe corporelle est la métaphore (opposition dedans/dehors), et la plénitude comblante dont le paradigme est le sein (opposition plein/vide) »22.

Le groupe est corps et fait corps, il semble être un sujet qui a sa parole, son discours, sa pensée et ses émotions, il est aussi un corps qui a une marque d’appartenance et qui est marqué du désir de l’Autre.

Dans le cas de notre groupe, constitué à majorité de femmes originaires des pays du Maghreb les habits traditionnels marquent bien leurs appartenances culturelles, aussi vient se doubler, à leur corps souvent rond, cette représentation de contenant du groupe.

- La fantasmatique originaire : « Le fantasme est l’émanation d’un sens ancré sur la sensation, le mouvement et la marque du corps. Toute représentation est dans un double rapport d’allégeance et de rupture, au flux fantasmatique »23.

La fantasmatique originaire serait la représentation des origines, de la conception, de la sexualité et de la différence entre les sexes.

Parmi ces fantasmes nous pouvons énumérer les fantasmes intra-utérins qui figurent le désir ou l’angoisse de retour au ventre maternel, les fantasmes de scène primitive dans cette idée de « groupe-grouple »24, les fantasmes de séduction qui consistent à voir et être vu et enfin les fantasmes de castration qui s’organisent comme des réponses à l’énigme de la différence des sexes.

Nous retrouverons clairement cette fantasmatique originaire dans la deuxième partie des ateliers, qui fait suite à la visite au musé de l’immigration, comme si cette visite avait été une forme de naissance pour les membres du groupe, ou une forme de passage à l’adolescence ou à l’âge adulte à partir de laquelle certaines questions et thématiques pouvaient enfin advenir et être légitimement posées.

- Les complexes familiaux et les imagos : « l’imago est un schème imaginaire acquis, un cliché statique à travers quoi le sujet vise autrui ; c’est une survivance imaginaire de tels ou tels participants (imago paternelle, maternelle, fraternelle) de la situation familiale et sociale »25.
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